Maladies cutanées chez les réfugiés

Siegfried Borelli, Stephan Lautenschlager
unpublished
Depuis l'été 2015, le flux grandissant de réfugiés vers l'Europe de l'Ouest est un sujet dominant dans les médias. La route migratoire depuis la Turquie en passant par les Balkans, la Hongrie et l'Autriche n'affecte que peu la Suisse jusqu'à présent [1]. Ce sont principalement les réfugiés arrivés par bateau en Italie qui parviennent en Suisse. Une augmentation des demandes d'asile de 10,3% par rapport à l'année précédente avait déjà été enregistrée en 2014 [2] -une tendance qui s'est renforcée
more » ... qui s'est renforcée en 2015. Au cours du second trimestre de l'année, une augmentation des demandes d'asile supérieure à la moyenne a été constatée [1], due à la douceur précoce des températures et à une recrudescence de la migration secondaire des Erythréens d'Italie qui, avec les Somaliens et les demandeurs d'asile sri-lankais, représen tent plus de la moitié des demandes d'asile en Suisse. En plus des défis logistiques généraux que cette situation implique, il est également nécessaire d'assurer les soins médicaux des demandeurs d'asile. D'après l'Organisation Mondiale de la Santé, il n'y a pas de risque de menace sanitaire pour la population des pays de destination [3]; des mesures de sécurité sanitaire sont prises aux frontières là où tel est potentiellement le cas. En Suisse, ces mesures comprennent, en plus du dépistage de la tuberculose, des informations sur le système de santé du pays, des vaccinations et la distribution de préservatifs. La question de savoir si ces mesures sont suffisantes et si notre système de santé peut faire face à une vague de demandes d'asile encore plus importante a obtenu, au début du mois d'octobre 2015, des réponses divergentes de la part de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et de la Conférence suisse des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS) [4]. En matière de santé aux frontières, la tuberculose semble en effet représenter le principal problème. Ainsi, un examen mené chez 225 migrants arrivés par bateau à Malte (pour plus de 80% originaires de Somalie) a montré un test tuberculinique positif chez 45% d'entre eux, alors que la détection d'un antigène HBs positif s'est révélée positive chez 13,7% de ces migrants et la sérologie syphilitique était positive chez 4,8% d'entre eux [5]. Les problèmes de santé des réfugiés sont cependant plus vastes. En plus du traumatisme psychique subi, il convient de tenir compte du fait qu'en Erythrée et en Somalie, plus de 90% des femmes environ ont subi des mutilations génitales [6]. En fonction du pays d'origine et de l'itinéraire migratoire, d'autres maladies peuvent être apportées. Les conditions de voyage favorisent les infections; d'un point de vue dermatologique, il convient tout particulièrement de signaler les pyodermites et les maladies parasitaires, avec en première ligne la gale [7]. La gale n'est pas toujours une maladie banale, car elle peut entraîner des complications post-infectieuses telles qu'une glomérulonéphrite post-streptococcique [8]. Le traitement de la gale chez les demandeurs d'asile est rendu difficile par la barrière de la langue et la promiscuité de l'hébergement. En Suisse, les préparations médicales nécessaires doivent en outre encore être prescrites sans autorisation de Swissmedic. Par ailleurs, les demandeurs d'asile bénéficient bien souvent d'une protection vaccinale insuffisante. Il convient de mentionner ici avant tout la varicelle, qui peut entraîner des infections en raison des taux de séronégativité particulièrement élevés chez les réfugiés de la corne de l'A frique [9], et peut également conduire à des épidémies dans les centres de demandeurs d'asile en raison de l'hébergement collectif [10, 11]. Les mesures de prévention et de lutte contre une épidémie de varicelle comprennent l'isolement des patients, un traitement antiviral et l'interruption des transferts avec d'autres centres d'accueil des demandeurs d'asile [10]. Enfin, se pose également la question d'une opération de vaccination de masse, qui serait efficace mais très coûteuse [12]. L'institut Robert Koch de Berlin a indiqué en outre en septembre 2015 que d'autres maladies inhabituelles en Europe de l'Ouest avaient été observées de manière sporadique ou étaient à prévoir [13]. A côté du symptôme cardinal qu'est la fièvre, les manifestations cutanées occupent la seconde place des signes cliniques. On pense ici à la fièvre récurrente à poux (traces de grattage, pétéchies), à la fièvre boutonneuse (traces de grattage, exanthème prédominant au niveau du tronc), au typhus (roséoles rares), à la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (pétéchies) et à la leptospirose (ictère, injection conjonctivale). Le paludisme, l'abcès amibien, la leishmaniose viscérale et la fièvre de Lassa ne donnent pas lieu à des manifestations cutanées. Si certains des symptômes cutanés peuvent sembler peu spécifiques, la dermatologie peut malgré tout offrir une aide pour la pose du diagnostic.
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