L'OSSUAIRE DE RIBEMONT-SUR-ANCRE (SOMME)

Jean-Louis Cadoux, Patrice Lancelin
unpublished
Quelques traces de découpe sur des fragments de corps humains ont été découvertes dans le sanctuaire-nécropole celtique de Ribemont-sur-Ancre. Nous vous proposons de les situer dans leur contexte et d'en faire la description. L'OSSUAIRE ET SON ENVIRONNEMENT U.-L. C.) Ribemont-sur-Ancre est situé à 23 km au nord-est d'Amiens. Les prospections aériennes y ont révélé un immense sanctuaire gallo-romain, entièrement arasé, qui est fouillé depuis 1966. Ce sanctuaire, qui tourne le dos à une proche
more » ... e romaine, s'étale, sur une longueur de plus de 800 m, le long de la pente, orientée au sud-est, de la rive droite de l' Ancre, affluent de la Somme. Il comporte un temple, en position dominante, un théâtre et des thermes, construits succes-sivement du début du 1 •r s. de notre ère (ce qui indique un effort de romanisation d'une surpre-nante précocité), jusqu'au début du II• s. Il a duré, sans donner naissance à aucune aggloméra-tion, sauf les bâtiments annexes intégrés dans le plan d'ensemble, jusqu'à la fin du IV• s., où il est brusquement abandonné. L'immensité, la richesse, la précocité de ce sanctuaire romain, situé dans une zone sans importance politique, économique ni stratégique particulière, nous ont conduit à penser qu'il avait dû se substituer à un site celtique remarquable. Nous sommes partis, en 1982, de quelques indices sérieux mais peu nombreux pour cher-cher ces origines celtiques aux abords du temple: nous avions constaté, dès le début des fouilles, la présence d'ossements humains et d'armes de La Tène II et III éparpillés dans cette zone; et nous avions vu en 1970 que la moitié est de la façade du temple avait été construite en recreu-sant dans un fossé pré-romain remblayé. Nous avons émis l'hypothèse que ce fossé se poursui-vait, tournait à angle droit, et délimitait un enclos quadrangulaire, à quoi se superposait la pre-mière cour gallo-romaine, orientée vers le soleil levant, comme tout le reste du site; et que dans cet enclos se trouvait, sous une forme quelconque, une nécropole. Nous avons eu la chance de tomber, dès le premier sondage, sur l'élément qui reste encore maintenant le plus spectaculaire, un ossuaire composé de plus de 2 000 ossements humains triés, uniquement des os de jambes (501 fémurs), de bras (246 humérus) et des os iliaques, provenant principalement de sujets masculins et robustes. Il s'y mêlait des armes et quelques ossements de chevaux. L'ossuaire nous est parvenu bien conservé dans son état final après une destruction volontaire, sous un remblai d'une quarantaine de cm de loess scellé sous les niveaux romains. Le tas d'ossements a un diamètre de 5 à 6 m, il est subcirculaire, et peu épais: un niveau à l'ouest au sud, quatre niveaux au nord-est. Il correspond à l'écroulement d'une structure car-rée orientée, de 1,60 m de côté, qui apparaît clairement au centre du tas. C'est une construction d'os longs entrecroisés, dont il subsiste la base, avec les restes d'une sorte de plancher d'os coxaux. Au centre a été retrouvé un trou de poteau, profond de 90 cm, d'un diamètre de 30 cm. On peut estimer à 3 m l'élévation du poteau, dont on ne sait s'il avait une fonction pratique (suppor-ter une couverture?), ou symbolique. Immédiatement après l'arrachement du poteau, le trou s'est comblé d'esquilles d'ossements brûlés, tombées de l'intérieur de la construction d'os longs. Le centre de l'ossuaire était en effet ennoyé sous une épaisse couches d'esquilles brûlées, qui semblent avoir constitué le contenu de la construction-à moins qu'elles aient été déver
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