La dimension historique du sacré et de la hiérophanie selon Mircea Eliade

Cézar Enia
2006 Laval théologique et philosophique  
ISSN 0023-9054 (imprimé) 1703-8804 (numérique) Tous droits réservés © Laval théologique et philosophique, Université Laval, 2006 Laval théologique et philosophique, 62, 2 (juin 2006) : 319-344 RÉSUMÉ : Plusieurs commentateurs n'ont retenu que le premier moment de la dialectique du sacré de Mircea Eliade, celui essentialiste où l'archétype surplombe l'histoire, négligeant de considérer le second où l'archétype n'existe qu'à travers sa réalisation dans l'histoire. Ils donnent ainsi l'impression
more » ... insi l'impression qu'Eliade est un penseur anhistorique qui conçoit le temps surtout à partir de l'éternité et non pour lui-même. Une analyse plus serrée révèle cependant qu'Eliade est un penseur beaucoup plus historique qu'il n'y paraît à première vue. En effet, Eliade considère le miracle de l'Incarnation comme étant la hiérophanie suprême et les autres hiérophanies comme ses préfigurations. ABSTRACT : Many commentators have concentrated their attention on the first moment of Mircea Eliade's dialectic of the sacred, the essentialist one, where the archetype overhangs history, neglecting the second one, where the archetype exists only through its realization in history, and so they give the impression that Eliade is a anhistorical thinker, who conceives time mostly through eternity and not in itself. A closer look reveals however that Eliade is a much more historical thinker than what we usually make him to be. Indeed, Eliade considers the miracle of the Incarnation as being the supreme hierophany and the other hierophanies as being its prefigurations. ______________________ Il y a un infini dans toutes les choses, même les plus petites et les plus vulgaires. Chaque caillou, chaque herbe, chaque tache sur le trottoir, chaque goutte d'eau, chaque poussière me considère de toutes ses forces, pose sur moi son regard [...]. Comme si derrière chaque chose présente, derrière chaque visage pouvait surgir à chaque instant un autre monde [...]. Je suis entraîné vers ce monde ; c'est un appel très fort et mystérieux qui me vient de l'autre versant du réel et qui m'attire comme un chant [...]. C'est mon regard interne qui est tourné vers ce monde. Au fond de moi il y a [...] les montagnes hautes, les plaines, les fleuves, les déserts. Il y a le ciel et les nuages, il y a l'océan [...]. Je suis l'ivresse de cet autre monde réel, tangible, tout proche 1 . lusieurs commentateurs, lorsqu'ils se penchent sur l'oeuvre de l'historien des religions Mircea Eliade, en viennent à considérer la notion d'archétype comme étant le concept fondamental pour comprendre son oeuvre et sa conception de la temporalité. 1. Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, L'inconnu sur la terre, Paris, Gallimard, 1978, p. 136, 175. P 2. Voir par exemple le chapitre intitulé « The Indian Roots of Eliade's Vision », dans Guilford DUDLEY III,
doi:10.7202/014284ar fatcat:lbrppdqr7rgwlmcxrhisqjpzfa