L'arme cinglante de l'ironie et de la raillerie dans le débat présidentiel de 2012

Patrick Charaudeau
2013 Langage et société  
Dans divers écrits sur l'humour 1 , j'ai proposé de distinguer l'ironie du sarcasme (ou de la raillerie) 2 . Ces deux catégories ont en commun de jouer sur l'acte d'énonciation : le locuteur joue entre ce qu'il dit explicitement et ce qu'il laisse entendre. Mais elles se distinguent en ce que l'acte ironique oppose le dit et le pensé, comme dans le classique « Belle réussite ! » lancé à quelqu'un qui vient d'échouer dans son entreprise, alors que le sarcasme, lui, n'oppose pas les deux faces de
more » ... l'acte d'énonciation, mais exprime par le dit un jugement de façon bien plus exagérée que ce que pense le locuteur, comme dans cette réflexion, déjà citée, d'un ancien ministre de Nicolas Sarkozy disant du premier ministre, François Fillon : « C'est un pitbull à la tête de Snoopy. C'est un orgueilleux. Il n'oublie rien. La vengeance chez lui, c'est comme les surgelés Picard ». Dans les deux cas, il se produit une dissociation entre le dit et le pensé, mais l'ironie la radicalise dans un rapport d'opposition, et la raillerie dans un rapport d'hyperbolisation. Cependant, il convient ici d'apporter quelques précisions pour bien comprendre la complexité du jeu humoristique dans certaines conditions de communication comme celles des débats politiques.
doi:10.3917/ls.146.0035 fatcat:d5bdid5euzh6jdeb2orghriusu