Shea, William R.; Artigas, Mariano: Galileo observed. Science and the politics of belief. Sagamore Beach, Science History Publications/USA, 2006. XI, 212 p. Ill. $ 30.–. ISBN 0-88135-356-6

Stéphane Garcia
2008 Gesnerus  
qui s'intéresse aux rapports entre littérature et sciences naturelles, nous livre un excellent exemple de la tournure prise autour de 1800 par le dialogue entre les «deux cultures» -la problématique popularisée par Charles Percy Snow s'est certes posée beaucoup plus tard, au moment où un tel dialogue avait disparu, du moins sous ses modalités traditionnelles. Quel personnage en effet, mieux que Georg Büchner, sait inspirer la nostalgie d'une «pluridisciplinarité» (autre anachronisme), laquelle,
more » ... ronisme), laquelle, paraît-il, fait si cruellement défaut aujourd'hui? La notoriété littéraire, philosophique et politique de Büchner tend à occulter l'oeuvre scientifique, rarement étudiée avec l'attention qu'elle mérite et, bien que peu importante sur le plan quantitatif, pourtant cruciale pour comprendre la figure de Büchner (1813-1837) en son fulgurant trajet. Telle est la thèse de Roth, qui livre ici une étude du contexte de production du «Mémoire sur le système nerveux du barbeau», datant de 1835-1836, et que Büchner, inscrit à la faculté de médecine de Strasbourg, écrivit en français, ainsi que de la leçon probatoire «Sur les nerfs crâniens», tenue à Zurich peu avant sa mort en 1836, sans compter les diverses notes de protocoles de sociétés savantes également prises en considération. Roth fournit en outre une édition critique des textes en question, qui complète sa présentation très fouillée tant des conceptions de Büchner en la matière que de la situation des sciences de la nature au début du XIX e siècle, des théories sur l'évolution -Cuvier et Magendie -, des points de vue de Goethe, Oken, Herder, Carus. Son ouvrage est désormais indispensable si l'on veut comprendre la position de Büchner au sein des sciences du vivant et apprécier le poids de sa contribution à la science romantique et à la Naturphilosophie. Resterait -mais ce n'est pas l'objet de ce livre, résultat d'une thèse de doctorat -à relier cette facette si brillamment étudiée aux productions plus proprement littéraires et philosophiques de Büchner, de façon à comprendre les enjeux d'une culture permettant à un jeune auteur de s'avancer hardiment sur les terrains de la physiologie tout en produisant, dans le même souffle, quelques-uns des chefs-d'oeuvre de la littérature de son siècle.
doi:10.1163/22977953-0650102033 fatcat:43xr5nabgjgc3f2uavp6n6mix4