Corps marqués, corps publics : étiquettes, emblèmes, tatouages

Éléonore Reverzy
2012 Romantisme  
Distribution électronique Cairn.info pour Armand Colin. © Armand Colin. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf
more » ... est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) © Armand Colin | Téléchargé le 13/10/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.225.236) © Armand Colin | Téléchargé le 13/10/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.225.236) Éléonore REVERZY Corps marqués, corps publics : étiquettes, emblèmes, tatouages Intus et in cute Le tatouage du corps, imposé ou volontaire, fait signe vers la marque, mot dont la polysémie est dès le XIX e siècle tout aussi complexe qu'aujourd'hui. Les deux termes posent la question de la publicité. Le Grand Larousse universel du XIX e siècle, rappelant l'origine germanique du mot (marka : limite), retient en premier lieu le sens d'empreinte, de signe, destiné à faire reconnaître un objet, à le distinguer d'un ensemble -la « marque du linge », expression dans laquelle le mot de marque peut à la fois désigner l'objet qui sert à marquer et l'empreinte qu'il laisse. Marques d'honneur ou marques d'infamie, traces laissées par les coups reçus, c'est ainsi plutôt du côté de l'effet que se situe la marque (le bleu qu'elle laisse, la flétrissure à l'épaule des condamnés, la manière de distinguer quelqu'un par l'accueil qu'on lui fait). Il s'agit donc de singulariser et de rendre public. Les marques sur le corps des condamnés sont plus ou moins voyantes : au front à Rome, avant Constantin, puis sur la main ou la jambe. Sous l'ancienne monarchie française, c'est à l'épaule des criminels qu'est imposée la fleur de lys, souvent accompagnée d'initiales qui désignent le crime commis (V pour Vol, GAL pour Galères), puis à partir de 1810 seules les marques TP pour travaux forcés à perpétuité, T pour Travaux forcés à temps, et F pour faussaire seront appliquées. C'est ainsi que Jean Valjean dans Les Misérables prouve son identité en confondant deux de ses anciens compagnons de bagne, Chenildieu et Cochepaille, le premier par la marque T. F. P. mal effacée de son épaule, le second parce qu'il a tatoué sur le bras la date du 1 er mars 1815 1 . La marque prend le sens d'indice, de preuve, de témoignage 2 . Elle est logiquement un des ressorts du topos romanesque de la reconnaissance, comme dans Le Mariage de Figaro où Figaro se fait reconnaître par son tatouage sur le bras droit (II, 16). Dans le domaine commercial, la « marque de fabrique », pratiquée sous l'Ancien régime, en particulier pour les textiles, signifie à l'acheteur la propriété de son inventeur.
doi:10.3917/rom.155.0025 fatcat:dlb7bemxazhghp45tqsev5s5ly