Entraide familiale, indépendance économique et sociabilité

Nicolas Herpin, Jean-Hugues Déchaux
2004 Economics and Statistics  
Une vision optimiste de l'entraide familiale s'est diffusée depuis deux décennies au moment précis où les sociétés occidentales redécouvraient la pauvreté et s'interrogeaient sur les missions de leur État-providence. La relative modestie du volume des échanges dans la parentèle et leur absence d'effet redistributif entre milieux sociaux remettent en cause cette image devenue classique des « solidarités familiales ». Les catégories populaires, principales destinataires des politiques publiques
more » ... itiques publiques de protection sociale, sont celles où ces échanges sont les moins développés. La solidarité familiale s'exprime davantage à travers la cohabitation et des formes d'organisation domestique propres à la « famille étendue ». Parmi les professions intermédiaires, les jeunes ne sont pas incités à prendre leur indépendance de façon précoce et l'entraide reste prioritairement organisée dans le cadre de la famille nucléaire. Les relations d'entraide sont encore différentes parmi les ménages économiquement favorisés. Ces échanges sont une composante de leur sociabilité. Ils supposent des ménages « autonomes » -stabilité de leurs membres, ressources financières suffisantes -et qui ont le souci de préserver leur position socio-économique. Pour les père-mère, cette entraide s'inscrit dans un projet éducatif et suscite de leur part des efforts budgétaires importants, notamment pour établir leurs enfants comme membres du réseau de parenté. Plus qu'elle ne les corrige, l'entraide familiale accentue les clivages sociaux. SOCIÉTÉ * Nicolas Herpin, chargé de mission à l'Insee, est directeur de recherche au CNRS. Jean-Hugues Déchaux est professeur à l'Université Lyon 2 et chercheur à l'Observatoire sociologique du changement. Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d'article.
doi:10.3406/estat.2004.7256 fatcat:2pjeo7fac5gf3eqmu3ibam7xpa