Le retour du débat sur la wilderness

Christian BARTHOD
2010 Revue Forestière Française  
Le débat sur la wilderness (1) semblait jusqu'à peu pouvoir être cantonné àu ne interpellation venue d'Amérique du Nord, invitant notamment les forestiers européens às 'interroger sur certaines de leurs valeurs, mais dont les effets politiques pouvaient ap riori être considérés comme limités aux seuls pays de culture anglo-saxonne. L'adoption, le 3f évrier 2009, au Parlement européen, par 538 voix pour, 19 contre et 12 abstentions, d'une résolution (2) préconisant une politique communautaire de
more » ... ue communautaire de la wilderness ab rutalement révélé une évolution culturelle et politique que les forestiers français n'avaient pas perçue :l es pays d'Europe centrale et orientale ont déplacé le centre de gravité culturel de l'Union européenne, et certains pays méditerranéens (Italie et Portugal, notamment), pourtant réputés ap riori assez allergiques aux schémas de pensée anglo-saxons, semblent àp résent relativement en phase avec cette évolution. Il est intéressant de ce point de vue de noter un des arguments utilisés, selon lequel la wilderness est partie intégrante de notre identité européenne. «N ous avons le devoir moral de permettre aux générations futures de jouir et de profiter des zones européennes réellement vierges » conclut Gyula Hegyi (Hongrois, membre du Parti socialiste européen), auteur du rapport qui ac onduit àl ar ésolutiond u3f évrier 2009 du Parlement européen. Celle-ci invite la Commission,e ntre autres, àd éfinir et cartographier «l es dernières zones de nature vierge en Europe »,àe né tudier la valeur et les services écosystémiques rendus,àc oncevoir unes tratégie communautairer elativeàc es zones, visant notammentà «d évelopper les zones de nature vierge »,e tàm ieux articuler ces zones avec les règles relatives aux directives "Habitats,f aune, flore" et "Oiseaux" qui visent àp rotéger des espèces ou des habitats plus qu'à laisser librement évoluer la nature. De fait, depuis quelques années, ces questions reviennent régulièrement dans les débats nationaux et communautaires. Certains pays d'Europe centrale et orientaleo nt d'ailleursm is en avant la prioritéd onnée àp réserver les dernières zones de nature vierge en Europe pour réclamer une révision des directives "Habitats, faune, flore" et "Oiseaux", préexistantes àl eur adhésion à l'Union européenne. Certaines grandes ONG européennes, très critiques vis-à-vis de la conception implicite (relativement fixiste) du réseau Natura 2000, ont fait de la libre expression des processus naturels forestiers sur un pourcentages ignificatif du territoire forestier européen leur cheval de bataille, en estimant que ce choix serait plus cohérent vis-à-vis des options de gestion écosystémique et de gestion adaptativep rivilégiées par les travaux de la Convention mondiale sur la diversité biologique (1992). ENVIRONNEMENT,C ULTURE ET SOCIÉTÉ (1) La traduction du terme wilderness pose problème dans beaucoup de langues, tout particulièrement dans les langues latines. R.F. Nash, autorité morale américaine en la matière (cf. Wilderness and the Americain Mind, 1967), reconnaît que les traductions peinent en effet ài ntégrer la charge émotionnelle du terme anglo-saxon. En français, on constate le recours soit à«n ature sauvage » (traduction privilégiée par les Québécois), soit à«n ature vierge »( traduction privilégiée par les institutions communautaires), soit même plus souvent directement à«w ilderness », terme qui s'est imposé de lui-même dans certains pays européens, faute de trouver un accord sur une traduction qui soit culturellement comprise. (2) Cette résolution est reproduite intégralement en annexe àc et article (pp. 66-70) (NDLR). 58 Rev. For. Fr. LXII -1 -2010 CHRISTIAN BARTHOD (3) Par culture européenne, on entend également celle des populations qui ont colonisé progressivement le continent américain depuis le XVI e siècle.
doi:10.4267/2042/32974 fatcat:4tbtyw7prjh4bbio5trf2nq6fm