L'Union européenne sur la scène internationale, une puissance exemplaire ?

Tanguy De Wilde d'Estmael
2018 Emulations - Revue de sciences sociales  
Cette seconde livraison de la revue Émulations consacrée à l'Europe aborde essentiellement le rôle de l'UE dans les relations internationales. À travers des dossiers-clés comme les relations avec la Russie et la Chine ou le danger de la prolifération nucléaire à partir du cas de l'Iran, divers enjeux sont mis en exergue qui tous posent la question du rapport de l'Union européenne au monde. Et le débat sur l'identité et la « puissance » de l'Union européenne de s'ouvrir. Il n'est pas neuf. Dès
more » ... 'une présence affirmée des Communautés européennes fut perceptible dans l'arène mondiale, les interrogations surgirent. Au vingtième siècle, durant les années septante et quatre-vingt, les questions portaient sur la troisième voie ou l'autre voix que pouvait emprunter ou entonner l'intégration européenne dans un système bipolaire. Durant les deux dernières décennies, ce fut surtout la pertinence du rôle de l'UE dans un monde globalisé mais insécurisé qui anima la réflexion. Que retenir de ce foisonnement à l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne ? La réforme institutionnelle, laborieusement entreprise depuis 2002, ôte tout doute sur la nécessité de considérer l'Union, en tant que telle, comme un acteur international. Mais pas comme n'importe quel acteur, et surtout pas comme un État. L'atypisme de l'UE empêche toute comparaison qui l'enserrait dans un modèle étatique. Ipso facto, il n'est guère aisé d'élucider le type de « puissance » qui en émanerait. Il pourrait du reste paraître incongru de nommer « puissance » la dimension externe d'un acteur fondé historiquement sur des bases qui s'enorgueillissaient d'un dépassement de la Machtpolitik, de funeste renommée après deux saignées guerrières. Certes, l'UE se présente ad intra comme le parangon d'un système postmoderne où les États-membres n'articulent pas leurs relations sur la base d'un équilibre des forces, mais bien par le biais de normes librement consenties. Mais, ad extra, l'UE doit faire face à des acteurs qui pour la plupart sont demeurés modernes au sens où à leurs yeux la souveraineté étatique, la coopération fondée sur l'unanimité et l'équilibre des forces, ne sont pas de vains mots. Qu'elle le veuille ou non, l'UE s'insère dans un monde de « puissance », même si elle a ici l'occasion d'avancer une autre conception de celle-ci. En ce sens, la « puissance » européenne n'effraye plus comme d'antan ; l'UE entend rassurer son environnement par un exercice différent de ses capacités au service de certaines valeurs navigant entre ses intérêts.
doi:10.14428/emulations.007.010 fatcat:tbys2x7zenhihl7bhxjvxnxsa4