Trois poèmes

Akinwumi Isola
2015 Po&sie  
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more » ... sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Les mensonges dominent le monde. La malhonnêteté domine l'humanité. Vous tirez tous votre subsistance de la prévarication Celui qui est petit dit qu'il n'est pas petit. Celle qui est grande dit qu'elle n'est pas trop grande. Celle qui est grosse ne reconnaît pas qu'elle est grosse. L'homme maigre dit qu'il mange pour se rembourrer. Le perpétuellement paresseux prétend travailler plus dur que tout le monde. Vous colportez tous des mensonges comme de la farine d'igname ! Les riches se disent sans le sou, Le visiblement pauvre se dit épargné par la pauvreté. Il dit qu'une fois qu'on a mangé, L'argent ne signifie rien ! Le paresseux prétend dépendre de ce que rapporte un dur travail, La maladivement faible prétend que tout va bien pour elle, Les hommes en bonne condition se prétendent malportants. Il y a assez de nourriture à la maison ; vous prétendez qu'elle manque. Lors d'une sortie, vous avez faim, vous prétendez avoir mangé. Le père ferme doucement les yeux, il prétend qu'il dort. Le serviteur somnole, il se prétend bien réveillé, Et que c'est seulement qu'il prie ! Il fait nuit, on dit qu'il ne fait pas encore noir, qu'on a des endroits où aller. Le matin, le jour se lève, vous dites que non. Vous dormez profondément. C'est ce que vous voulez voir que vous voyez. Ce dont vous ne voulez pas, ça n'existe pas ! L'eau est froide ; l'homme blessé dit qu'elle est assez chaude L'eau pour la bouillie est en train de boullir ; la femme dit qu'elle est froide, Elle dit que le mari devrait se mettre à manger. S'ils s'en vont, Ils vont dire qu'ils arrivent. S'ils viennent à être fauchés, Ils prétendent avoir plein d'argent, Les gens s'embobinent eux-mêmes. C'est comme la mère de jumeaux, Son enfant meurt, Mais elle prétend qu'il est allé à Lagos acheter des vêtements. On ferait mieux d'accepter sa destinéen Et d'arrêter de se raconter des histoires. La dette ne sera pas réduite d'un kobo Si le débiteur se saoule.
doi:10.3917/poesi.153.0103 fatcat:4ancficfjzfifgef6gb5axpysy