Mythe et dramaturgie dans Partage de Midi : l'expression du sacré et du divin

Jacques Houriez
1995 Coulisses  
Référence électronique Jacques Houriez, « Mythe et dramaturgie dans Partage de Midi : l'expression du sacré et du divin », Coulisses [En ligne], 12 | Printemps 1995, mis en ligne le 15 mars 2019, consulté le 23 octobre 2019. Ce document a été généré automatiquement le 23 octobre 2019. Coulisses Mythe et dramaturgie dans Partage de Midi : l'expression du sacré et du divin Coulisses, 12 | Printemps 1995 Et pourtant, bien qu'il y ait, tous deux inédits, un journal des années vécues avec Rosalie
more » ... ues avec Rosalie Vetch et une correspondance, lorsque Jean Amrouche demande au dramaturge vieilli des précisions sur le vécu de son drame du Partage de Midi, celui-ci le renvoie à la pièce. Elle dit tout, il n'y a rien à ajouter. Bien plus, il affirme dans sa correspondance avec Jean-Louis Barrault que c'est Eve Francis dans le rôle d'Ysé, c'est la représentation de la pièce qui lui a fait comprendre, enfin, quarante années après, ce qui lui était arrivé. Ainsi refuse-t-il toute dichotomie qui maintiendrait définitive la scission entre le créateur et l'homme du quotidien, entre la réalité vécue et la réalité créée. Il y oppose un paradoxe : l'univers du créateur est totalement étranger à celui de tous les jours, mais il en détient la vérité. Il n'est même qu'une seule vérité, celle de la création littéraire. La parole poétique peut seule révéler la réalité profonde du vécu quotidien. La vérité du drame n'est donc pas de l'ordre de l'événement. Elle n'est pas de l'ordre du récit, elle ne relève pas du parler quotidien. Elle emprunte celui de l'imaginaire, parfaitement élucidé, d'ailleurs par M. Moriaki Watanabé. Les écrits intimes, quelques aveux, les thèmes, les lieux de l'action nous invitent à privilégier un triple langage mythique, celui d'une fatalité extérieure, d'abord : un rituel sacrificiel païen traduit la plongée dans un absolu destructeur. Perdus sur un bateau, « miette mouvante » au sein de l'Océan indien, les personnages sont entraînés inexorablement vers un destin qui les écrase. Au second acte, la tombe en oméga où les amants se donnent rendez-vous les enserre dans un étau de mort. Ils sont livrés à la passion comme à un feu intérieur qui achève de les anéantir. Ils n'ont pas supporté l'affrontement avec le sacré. Il ne faudra pas moins que la mort, enfin, dans la nuit d'une liturgie mystique, pour libérer Mesa du Moi farouchement égoïste où il s'était enfermé et le livrer à l'absolu du divin, le véritable objet de son désir. Encore fera-t-il clairement l'aveu qu'il ne sait toujours se donner ni recevoir et encore moins assumer la charge de la femme.
doi:10.4000/coulisses.3294 fatcat:4t3izt7rdzfcxevr7k73a3vwru