Cadre et cage : quand le saurien bute contre la caméra

Vinzenz Hediger
2003 Décadrages  
Référence électronique Vinzenz Hediger, « Cadre et cage : quand le saurien bute contre la caméra », Décadrages [En ligne], 1-2 | 2003, mis en ligne le 26 avril 2013, consulté le 30 septembre 2016. URL : http:// decadrages.revues.org/588 ; DOI : 10.4000/decadrages.588 Ce document est un fac-similé de l'édition imprimée. ® Décadrages Etudes 103 Cadre et cage : quand le saurien bute contre la caméra par Vinzenz Hediger Dans leurs 200 mots-clés de la théorie du cinéma, André Gardies et Jean
more » ... ies et Jean Bessalel définissent le hors-cadre comme « l'espace qui n'entre pas dans le cadre », et le hors-champ comme « la portion de l'espace diégétique non visible et immédiatement contiguë au champ, comme son prolongement naturel » 1 . Bien que ces définitions soient problématiques à certains égards, l'opposition théorique entre hors-champ et hors-cadre, qui ne connaît pas d'équivalent dans la terminologie anglaise ou allemande, s'avère très utile pour l'analyse du film animalier. Sous-genre du « documentaire » assez peu étudié 2 parce qu'il n'entre pas dans les cadres de référence de la recherche académique sur le cinéma (il est par exemple aux antipodes d'un cinéma d'orientation auteuriste), le film animalier reste néanmoins l'une des formes non-fictionnelles les plus répandues. À la télévision française, les documentaires animaliers sont à compter parmi les programmes les plus populaires, après les émissions consacrées aux problèmes de santé. En tant que genre cinématographique, le film animalier mérite une analyse, d'autant plus que la visibilité des animaux, dans une perspective développée par le philosophe italien Giorgio Agamben, constitue un problème politique de premier ordre. En effet, le cinéma animalier fait partie intégrante de ce qu'Agamben appelle « la machine anthropologique » 3 , c'est-à-dire un appareil conceptuel qui sert à produire et à reproduire sans cesse la différence entre l'homme et l'animal. Le but de cette machine n'est pas de donner une solution définitive et donc d'arrêter une définition inébranlable de cette différence, mais de s'assurer que cette différence ne cesse jamais de faire problème. On peut dire que le travail de la machine anthropologique est « politique » dans la mesure où la production de la différence entre l'homme et l'animal fait partie de tout un système de bio-politique dans le sens de Foucault, c'est-à-dire d'un réglage et d'un contrôle de la vie 4 . Dans ce système de réglage, la détermination de la limite entre ce qui est un homme et ce qui ne l'est pas joue un rôle décisif. Si le film animalier peut y contribuer, c'est que 1 André Gardies, Jean Bessalel, 200 motsclés de la théorie du cinéma, Cerf, Paris, 1992, p. 107-109. 2 Il n'existe jusqu'ici qu'un nombre très restreint d'études académiques sur le film animalier, dont notamment Derek Bousé, Wildlife Films,
doi:10.4000/decadrages.588 fatcat:56d27kat3najzer5746t3tiur4