Du monologue au dialogue ou de l'ambiguïté d'écrire des deux mains 1

Jean-Claude Muller
2007 Anthropologie et Sociétés   unpublished
Parmi les ethnologues professionnels, il en est quelques-uns qui ne se sont pas contentés de s'exprimer à travers une seule forme d'écriture. Il leur en a fallu au moins deux, quelquefois trois, toutes sources de paradoxes et d'ambiguïtés très significatives. Il y a ceux-la plupart-qui se sont bornés à rapporter sur photos ou sur film, mais surtout sur papier, le résultat de leurs travaux, c'est-à-dire un ou des articles suivis souvent d'une ou plusieurs monographies mettant un terme aux
more » ... un terme aux recherches entreprises. C'est le parcours classique du professionnel qui a fait son travail. D'autres ne se sont pas limités à cela : en plus, ils se sont mis en scène en publiant des comptes rendus de leur terrain, destinés en premier lieu à des publics qui débordent de loin celui des confrères anthropologues. Ces publications ont eu des conséquences inattendues dans le milieu anthropologique, conséquences qui ne furent pas exactement les mêmes partout, ni surtout à des époques différentes. Ce sont ces péripéties plurigraphiques controversées et leur histoire tumultueuse que nous voudrions évoquer ici. Le premier exemple moderne de ces écrits personnels reste le célèbre journal de Michel Leiris, L'Afrique fantôme, dont il faut brièvement présenter le contexte. Leiris fit partie de la légendaire expédition Dakar-Djibouti (1931-1933) qui introduisit la pratique du travail de terrain systématique en France, alors très en retard sur les autres pays qui s'y adonnaient déjà. Le propos principal de cette mission inaugurale était de remplir d'objets africains le Musée du Trocadéro, ancêtre du Musée de l'Homme et, accessoirement, de collecter des documents ethnographiques 1 Ce texte a initialement été publié dans la revue
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