L'insoutenable grand écart de l'économie sociale Isomorphisme institutionnel et économie solidaire

Éric Bidet
2003 Revue du MAUSS  
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more » ... , est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) L'INSOUTENABLE GRAND ÉCART DE L'ÉCONOMIE SOCIALE Isomorphisme institutionnel et économie solidaire par Éric Bidet QU'EST-CE QUE L'ÉCONOMIE SOCIALE ? Dans son acception désormais la plus courante, l'économie sociale désigne un secteur spécifique de l'économie. Cette formalisation de l'économie sociale en tant que secteur économique peut être considérée comme le résultat de trois étapes : d'abord, l'identification d'organisations différentes concourant au « progrès social » (Gide au début du siècle), ensuite la formalisation théorique d'un secteur coopératif (Fauquet dans les années trente), enfin son élargissement à l'ensemble des organisations qui constituent l'économie sociale (Vienney et Desroche à partir des années soixante-dix). La notion de secteur d'économie sociale connaît un vif succès en France au début des années quatre-vingt : « En 1981, c'était fantastique, écrit Vienney [2002], tout le monde s'est mis à faire de l'économie sociale. » Par la suite, la reconnaissance s'étendra à la plupart des pays d'Europe. Le secteur de l'économie sociale regroupe des organisations ayant adopté des statuts juridiques différents (coopérative, mutuelle ou association) et intervenant dans des secteurs d'activité très variés dont les principaux sont dans la plupart des pays : la banque (coopératives de crédit), l'assurance (mutuelles ou coopératives d'assurance), la collecte, transformation et distribution de produits agricoles et agro-alimentaires (coopératives agricoles), la santé et les services sociaux (mutuelles de santé, associations sanitaires et sociales, coopératives de santé), l'éducation, la formation et la recherche (associations), la distribution (coopératives de consommateurs, coopératives de détaillants), la pêche (coopératives de pêcheurs), le sport (associations sportives), la culture (associations culturelles), le tourisme (associations touristiques), le transport (coopératives de transporteurs), l'artisanat (coopératives d'artisans). Malgré leurs différences, ce qui réunit ces organisations est l'adhésion à un principe général de non-domination du capital, ce qu'on a également appelé une préférence donnée à l'activité sur la rentabilité. Concrètement, cela se traduit dans les statuts et le mode de fonctionnement des organisations concernées par le respect de quelques règles fondamentales : -au niveau de la relation entre pouvoir et capital : chaque sociétaire a le même pouvoir quelle que soit la part de capital qu'il détient (quand existe un capital), ce qu'exprime la règle « un homme, une voix »; -au niveau de la rémunération du capital : celle-ci est volontairement limitée (coopératives), voire interdite (associations et mutuelles) par les statuts mêmes de l'entreprise; -au niveau de l'affectation des excédents : outre les limites posées à la rémunération du capital, une partie des excédents est affectée à une réserve
doi:10.3917/rdm.021.0162 fatcat:muqux6ey45foljnn5pbzllzesi