Penser la matière-image

Eve Le Louarn
unpublished
Le programme Aixpérimental du Festival Tous Courts, s'axe, en 2007, autour du found footage. Récupération, collage, altération, l'image devient matière plastique que l'on déforme, que l'on transforme. A travers ces expérimentations, se pose alors la question du statut de l'image. Comment la nommer, comment la définir, comment, également, analyser cette image ? A partir de la une réflexion de ce que Nicole Brenez nomme « l'étude visuelle », il s'agira de questionner l'image, ses possibles, son
more » ... es possibles, son caractère tangible et concret, comme ce qu'elle peut dire, peut-être, sur le cinéma. « Une réflexion en acte »[1]. Aixpérimental, Festival Tous Courts 2007 Toutes ces histoires Qui sont maintenant à moi Comment les dire Les montrer peut-être[2] Emmanuelle Sarrouv, responsable de la programmation du programme expérimental du Festival Tous Courts 2007 présente les problématiques retenues cette année, autour d'un concept, le found-footage, un des courants dominants du cinéma expérimental contemporain. « Malgré sa lente mort assurée, le cinéma ne veut pas mourir. Pour cela, il doit se métamorphoser éternellement. Récupération, gommage, grattage, coloriage, découpage, collage, masques, montage sont les armes du réalisateur qui pratique le recyclage, « art pauvre, dont la poétique naît du hasard, de la contrebande et du détournement » (Nicole Brenez.) Travaillant toujours à partir d'une matière préexistante (extraits de films, images ou son récupérés, citations...), le cinéma va créer un nouveau film autonome qui lui-même possédera un nouveau sens. Il y a dans cette pratique un grand amour du cinéma, une volonté de s'approprier les images, et en même temps de leur rendre leur liberté, et de mettre en lumière des préoccupations d'ordre plastique, esthétique, narratif, poétique, politique... Il faut pouvoir déchirer, lacérer avec amour pour faire vivre et revivre le cinéma indéfiniment. Film de found-footage, film de remploi, film de récupération, film recyclé... Quelque soit l'appellation, c'est la capacité du cinéma à se penser et à penser le monde qui est ici revendiquée » [3]. Dans les années 1920, Adrian Brunel réalise un des premiers films de found-footage, Crossing the great Sagrada, mais c'est en 1969 qu'est créé le film de référence de ce courant, Tom, Tom, The Piper's Son de Ken Jacobs. Pour Eric Thouvenel, « Ce que l'on nomme found-footage, c'est la reprise d'images et/ou de sons tirés d'oeuvres préexistantes auxquels le montage, et, parfois, un traitement matériologique du support, confèrent un sens nouveau tout en interrogeant, de fait, la capacité des films à se penser dans une histoire qui les contient. » [4] Le festival Tous Courts a présenté en 2007 trente quatre courts-métrages de found-footage. S'il ne s'agit pas ici de porter la réflexion sur l'ensemble de ces films, tous permettent d'envisager le found-footage comme un questionnement. Questionnement sur l'image comme matière, image que l'on dégrade, torture, transforme. Questionnement également sur le cinéma lui-même, en rapprochant le found-footage de la proposition méthodologique qu'émet Nicole Brenez avec « l'étude visuelle »[5], pour envisager finalement ce courant comme une réflexion sur l'image, sur ce qu'elle peut et, peut-être, sur ce qu'elle est.
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