Retraduire nos jeunes classiques

François Mathieu
unpublished
Dans un ouvrage paru il y a maintenant plus d'une dizaine d'années, Bernard Épin, spécialiste de littérature pour l'enfance et la jeunesse, après avoir posé la question provocatrice « Ne publie-ton pas trop de livres étrangers ? » jetait un regard critique sur la traduction : « Il faut s'interroger sur le rôle assigné à la traduction. [...] Pour des traducteurs donnant à leur travail les objectifs d'une véritable création [...], que de besogneux passant à la moulinette d'un français stéréotypé
more » ... rançais stéréotypé des oeuvres dont la vraie personnalité nous restera inconnue. La francisation des lieux, des noms, entraîne parfois de véritables caricatures et une mise à niveau que les enfants ne réclament pas. Et j'évoque pour mémoire, mais ils sont légion, les textes d'albums commis par quelques responsables d'édition s'offrant le luxe d'images haut de gamme achetées le temps d'un tour de marché aux foires de Bologne ou de Francfort » 1. La critique était gentille au regard du sort parfois réservé à certaines oeuvres étrangères dont ni l'éditeur ni le traduc-teur n'avait su comprendre qu'elles allaient appartenir au patrimoine international. Ces phrases publiées en 1985 peuvent continuer à nous faire réfléchir. Pour des raisons facilement compréhensibles, il est cependant impossible de décrire ce phénomène dans son immédiateté. Le recul est nécessaire, d'où la réflexion présente (et partielle) sur des « classiques ». Mais surtout que l'on ne se méprenne pas : loin de moi l'idée qu'autrefois on aurait mal traduit pour cause d'ignorance. J'y vois plutôt les effets de la considération sociale de la littérature pour l'enfance et la jeunesse. Si l'on peut faire découler des traductions anciennes « criticables » d'une activité considérée comme un (1) Bernard Épin, Les livres de vos enfants, parlons-en ! Messidor/La Farandole, 1985.
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