Publiez-moi, publiez-moi, car je ne suis pas une bête

Aïcha Liviana Messina
2009 Lignes  
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more » ... soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) © Éditions Lignes | Téléchargé le 19/11/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.225.236) © Éditions Lignes | Téléchargé le 19/11/2020 sur www.cairn.info (IP: 207.241.225.236) Publiez-moi, publiez-moi, car je ne suis pas une bête Aïcha Liviana Messina « On m'a demandé de dire la vérité j'ai dit la vérité Et je n'ai su que faire mu en biais » Virginie Lalucq, « Le mot ». Où qu'ils se trouvent, des signes écrits nous apparaissent d'abord comme des traces d'hommes. La formation d'une lettre, d'un dessin, c'est dans ce sens la formation de l'humanité. On se reconnaît dans un mot, même le moins articulé, même dans le mot « mu », parce qu'il n'est pas un simple son : il est déjà signe -signe de la fragilité du discours, de sa difficile articulation, signe peut-être d'une perte de la parole. Dans ce sens, il y a quelque chose de révolutionnaire dans le langage, et plus précisément dans le langage écrit : dans ce qui, en plus d'être un signe, se montre comme tel. Non que le langage confirme quoi que ce soit de l'homme, mais au contraire, il invite celui-ci à faire l'expérience de quelque chose devant quoi il se voit, mais qu'il ne possède jamais comme un acquis ou comme une limite ferme et stable, si bien qu'il faudrait dire que l'homme n'est pas l'animal qui possède le logos, le langage, mais celui qui, par lui, en est dépossédé -se trouvant désormais dépossédé de lui-même, d'une essence, d'un « propre » de l'homme ou d'une nature. L'usage révolutionnaire du langage, on le trouve alors le plus intensément exprimé dans celui qui laisse cette marge d'indécision quant à une quelconque nature de l'homme, et même dans celui qui se destine lui-même à sa perte, qui déborde les normes préétablies de la signification et creuse la grammaire de cette perte de soi que le langage fait en nous. Il arrive alors que l'on ne parle plus seulement pour parler mais pour faire l'expérience de cette perte de soi dont le 1. V. Lalucq, « Le mot », in Po&sie n° 99, 2002.
doi:10.3917/lignes.028.0022 fatcat:lrfblt2ibbctbfetkas7u2vn4q