De la mobilisation de la communication numérique par les religions

David DOUYÈRE
2016 Tic & Société  
De la mobilisation de la communication numérique par les religions David DOUYÈRE est professeur de sciences de l'information et de la communication à l'institut universitaire de technologie de l'Université François-Rabelais à Tours, où il anime l'équipe de recherche Prim, « Pratiques et ressources de l'information et des médiations ». Ses recherches portent notamment sur la communication religieuse en contexte chrétien catholique : théorisations de la communication et théologie, communication
more » ... ie, communication imaginaire (dialogue mystique, communication angélique), prière, prédication, rôle des images, dispositifs numériques, concile Vatican II, ordre des frères prêcheurs (Dominicains). Il co-anime le réseau de recherche Relicom, Communication et espaces du religieux. Il a dirigé dans ce cadre, avec Stéphane Dufour et Odile Riondet, le numéro 38 (2014) de la revue MEI, Médiation et Information, « Religion et communication ». Résumé : Tentant de constituer la liste des catégories d'emplois possibles du numérique en contexte religieux, cet article reprend quelques approches théoriques proposées de la question du numérique religieux et propose quelques ressources bibliographiques. Il s'efforce enfin d'examiner les conditions d'étude de ces phénomènes. Abstract : Concerning the use of digital communication by religious groups. The article suggests theoretical approaches to questions pertaining to religious uses of the digital field, it also provides bibliographical sources. This article also studies the ways in which digital techniques may be applied to religion. Resumen : De la movilización de la comunicación digital por las religiones. Buscando establecer la lista de las categorías de usos posibles de lo digital dentro de un contexto religioso, este artículo retoma ciertos enfoques teóricos sobre lo digital religioso y David DOUYÈRE tic&société -9 (1-2), 2015 3 propone algunos recursos bibliográficos. Se insiste además en examinar las condiciones de estudio de dichos fenómenos. Palabras clave: digital, TDIC, religión, comunicación. Les religions, se formant de la communication et de la transmission de l'information, dogmatique et rituelle, ainsi que de la suggestion qu'elles opèrent de la présence du divin, ont utilisé l'ensemble des moyens d'information et de communication, dès leur naissance : ceux-ci ont contribué à construire un espace de signification socialement partagé et à accroître leur emprise, par le texte, le rite, le discours et l'image (ou son absence), suscitant ou mettant à distance l'affect, invitant à une communication avec des êtres non visibles, contribuant, par cette diffusion, à une régulation de l'espace social, fortement différencié et structuré. Les technologies numériques de l'information et de la communication (TNIC) sont mobilisées aujourd'hui de la sorte par des groupes religieux, des mouvements spirituels et des sectes pour mettre en circulation des prières, transmettre des informations pour la pratique rituelle, diffuser une connaissance juridique, enseigner ou apprendre le rituel et le dogme, partager des interprétations, donner à voir des signes, des images ou des événements, et inviter à les rejoindre. Si elles ne forment pas nécessairement une « cybereligion » (Mayer, 2008 ; Cottin et Bazin, 2003) , reliées qu'elles sont à des ensembles de pratiques, à des corpus législatifs et rituels, et à des institutions (Duteil-Ogata et al., 2015 b), à des lieux et des édifices, les TNIC produisent néanmoins un accompagnement infocommunicationnel de la pratique ou de la croyance religieuse dont certains fidèles, le plus souvent pratiquants, disposent. Ces dispositifs techniques accompagnent manifestement le développement ou la récession de certaines religions ; elles en modifient parallèlement la visibilité et la représentation, les parant d'une modernité nécessaire auprès de certains publics. Si les TNIC renouvellent l'apologétique et la propagande religieuses, au moins dans la forme, quand textes ou images de la tradition sont repris et rediffusés, parfois régénérés, sur ces supports, elles peuvent être les outils d'un nouveau prosélytisme, visant d'autres catégories de population. Ces technologies peuvent également être perçues comme transformant la relation que les religions entretiennent à leur « savoir » propre, autrefois difficilement accessible (comme par ex. dans le judaïsme ; Stolow, 2014), au prix d'années d'études, et au « mystère » qu'elles annoncent ou décrivent et 19
doi:10.4000/ticetsociete.1822 fatcat:eteyvtdaofde3pb6slqbvlduhu