Travailler est-il (bien) naturel ? Voilà la question

Jean-Luc Boilleau
2001 Revue du MAUSS  
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more » ... , est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) par Jean-Luc Boilleau À Georges le magnifique Pour examiner cette question, il faut d'abord définir ce que l'on entend par « travailler » et donc le sens que l'on donne au mot « travail ». Si nous parlons du travail au sens où « on » entend généralement ce terme aujourd'hui, c'est probablement du côté de l'acception du mot que l'on retient en physique qu'il faut chercher pour le définir (un peu comme l'a fait François Vatin dans son petit livre publié aux PUF). Pour autant que je m'en souvienne, en physique le travail, c'est quelque chose comme le produit de l'intensité d'une force par le déplacement de son point d'application. Un peu compliqué tout ça... On peut sans doute faire plus simple grâce aux apports de la thermodynamique qui amènent à établir une relation entre travail et énergie. Partant, on peut faire vraiment très, très simple, à la manière de monsieur Tout-le-Monde qui, vaguement inspiré par la physique moderne (à moins que ce ne soit l'inverse), tend à estimer que n'importe quelle dépense d'énergie constitue un travail. Ainsi, le paysan qui bine, l'ouvrier qui boulonne, l'employé qui sert, le cadre qui borde, le chercheur qui cogite, le bricoleur qui touche à tout, le sportif qui rivalise, le musicien qui joue, les amoureux qui se bécotent, le dormeur qui ronfle (ou qui ne fait que respirer silencieusement d'ailleurs) travaillent... Dans cette optique, on peut dire aussi que les machines travaillent, que les animaux travaillent, que les végétaux travaillent, que le sol, le vent, l'eau, le soleil, etc., sans oublier les cadavres, travaillent. Bref, tous les éléments du cosmos et la « nature » dans son ensemble travaillent... Dans ces conditions, travailler est bien naturel. Seul le Rien, le « rien du tout », le néant si vous voulez, ne travaille pas. Et comme on ne voit guère ce que peut être le « rien du tout », dire que « quelque chose » travaille n'a pas d'intérêt puisque, dans cette proposition, le prédicat est déjà très clairement contenu dans le sujet; on est là en pleine tautologie, on fait dans la lapalissade comme les professeurs de mathématiques. Dire qu'un triangle a trois angles, que A = A, que 2 = 2, peut être rigolo un moment mais cela tend à ressembler à Rien très rapidement. Pour que la question « travailler est-il (bien) naturel ? » mérite d'être posée et examinée, il faut supposer que tout ne travaille pas et, donc, donner une autre définition au mot « travail ». Plutôt que de chercher à savoir
doi:10.3917/rdm.018.0202 fatcat:lr7qv7256naknlsmi3rxtycdgm