Jean-Luc Godard, Witz et invention formelle (notes préparatoires sur les rapports entre critique et pouvoir symbolique)

Nicole Brenez
2005 Cinémas - Revue d'Études Cinématographiques  
Cinémas Jean-Luc Godard, Witz et invention formelle (notes préparatoires sur les rapports entre critique et pouvoir symbolique) Nicole Brenez Cinélekta 5 Volume 15, numéro 2-3, Printemps 2005 URI : id.erudit.org/iderudit/012318ar Aller au sommaire du numéro Éditeur(s) Cinémas ISSN 1181-6945 (imprimé) 1705-6500 (numérique) Découvrir la revue Citer cet article Nicole Brenez "Jean-Luc Godard, Witz et invention formelle (notes préparatoires sur les rapports entre critique et pouvoir symbolique)."
more » ... oir symbolique)." Cinémas 152-3 (2005): 15-43. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter en ligne. [https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politiquedutilisation/] Cet article est diffusé et préservé par Érudit. Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'Université de Montréal, l'Université Laval et l'Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. www.erudit.org Tous droits réservés © Cinémas, 2005 À Wael Noureddine L'origine de l'article qui suit est la lecture, faite il y a très longtemps -une vingtaine d'années -, d'une phrase de Schlegel, citée par Roger Caillois (1949, p. 112) dans un numéro des Cahiers du Sud consacré au romantisme allemand : « Si tu veux entrer dans les profondeurs de la physique, fais-toi initier aux mystères de la poésie. » Une telle formule avait une résonance très forte qui m'a amenée à l'associer avec la formule de Jean-Luc Godard expliquant à son amie « Albertine » qu'« il est doux et réconfortant que les poètes soient toujours à l'avantgarde de la science, et les savants de la poésie », ou, comme il le dirait plus tard, que si l'on pensait correctement la radiographie, le cinéma pourrait guérir le cancer. On se rappellera aussi que Godard, dans le même ordre d'idées, avait demandé à ce que sa société, la JLGFilms, soit rattachée au CNRS 1 . D'où proviennent ces pensées qui ne sont que superficiellement paradoxales ? D'où proviennent les privilèges apparemment exorbitants accordés au poétique ? Avant de répondre, établissons que le romantisme allemand a explicitement laissé sa trace dans les films de Godard, par exemple dans La Chinoise, datant de 1967. Rappelons que Jean-Pierre Léaud s'y nomme Guillaume Meister 2 et qu'il y incarne un acteur étudiant le marxisme-léninisme, qui finit par s'interroger à la fois sur la possibilité « d'un vrai théâtre socialiste » et sur le passage de la réflexion théorique à la pratique de la lutte armée. (C'est l'événement du film : la transformation de la cellule Aden-Arabie en groupe terroriste.) On y voit donc Guillaume Meister, version léniniste du Wilhelm Meister de Goethe (dont la première partie du roman du même titre a paru en 1796), tirer sur un portrait de Novalis, poète allemand mort à 29 ans en laissant inachevé un roman intitulé Heinrich von Ofterdingen (1801) qui, cinq ans plus tard, constituait la réponse romantique au roman inaugural de Goethe, Les années d'apprentissage de Wilhelm Meister. Novalis avait appris par coeur le roman de Goethe et il voulait lui répondre en écrivant pendant toute sa vie un unique roman, qui se serait intitulé Les années d'apprentissage d'une nation -un 16 CiNéMAS, vol. 15, n os 2-3
doi:10.7202/012318ar fatcat:z57o622zdfck7kaqzkr55in364