Otium, liberté et création dans le roman d'artiste sandien

Gérard Peylet
2016 Recherches et Travaux  
Référence électronique Gérard Peylet, « Otium, liberté et création dans le roman d'artiste sandien », Recherches & Travaux [En ligne], 88 | 2016, mis en ligne le 01 janvier 2017, consulté le 05 mai 2019. URL : http:// journals.openedition.org/recherchestravaux/813 © Recherches & Travaux 1. Au sujet de cette notion, « l'insu », lire le beau livre de P. Sauvanet, L'insu, une pensée en suspens, Paris, Arlea, 2011. 2. Ibid., p. 156. Otium, liberté et création dans le roman d'artiste sandien de
more » ... ste sandien de suspens : l'ouverture et la médiation. L'ouverture, nous la retrouvons dans la représentation de l'espace, dans la psychologie des personnages en quête d'une transformation qui passe par un élargissement de leur vie, une connaissance de soi et des autres, donc une transformation de leur Weltanschauung, nous la retrouvons enin dans de multiples thèmes comme le voyage ou la musique. Ces deux pôles sont indispensables à l'être sandien qui ne peut s'épanouir que dans une situation d'échange. Le suspens se révèle précisément indispensable pour l'artiste s'il veut connaître cette expérience de l'échange. Le repli sur soi dans un lieu clos peut se révéler alors aussi nécessaire que le mouvement de déploiement hors du refuge et réciproquement. Les personnages du Château des Désertes choisissent le repli avant de repartir plus riches vers la société, les personnages de Teverino choisissent le voyage avant de revenir « transformés » chez eux. L'ouverture elle-même signiie souvent chez cet écrivain la transgression des barrières sociales, géographiques, spirituelles. Le repli lui-même peut favoriser une ouverture sur l'être, sur l'intériorité, sur la rêverie. Nous allons examiner autour de cette question trois exemples, trois oeuvres : Teverino, Le Château des Désertes, Consuelo. Il y sera question d'art plus que de littérature. Activité en suspens : Otium, nature et création dans Teverino 3 (1846) L' otium n'est pas synonyme dans ce roman de désoeuvrement puisque le repos, la promenade est au contraire une occasion d'enrichir ses sentiments à partir d'une remise en question, d'enrichir le goût esthétique de l'artiste (un dessinateur) au contact de la nature, de la liberté, d'une autre forme d'art. Roman d'artistes, Teverino est aussi un roman de la frontière. Deux personnages un peu blasés, Sabina, une aristocrate, et Léonce, aristocrate et artiste (dessinateur), vont le temps d'une longue promenade de vingt-quatre heures franchir la frontière entre la France et l'Italie, mais aussi transgresser les limites et barrières sociales et culturelles, passer de l'oisiveté stérile, du désoeuvrement, à une expérience des plus riches de l'otium : la révélation de l'autre et de soi, une 3. Teverino, roman publié dans La Presse en août-septembre 1846. (Désormais T.) 4. Toutes les citations que nous faisons de ce roman renvoient à l'édition de M.-M. Fragonard : George Sand, Vies d'artistes, Paris, Presses de la Cité, 1992.
doi:10.4000/recherchestravaux.813 fatcat:4wxgasg6svd5xbllkbq6tcwkba