Sel et risque cardiovasculaire: évidence des études épidémiologiques

Murielle Bochud, Michel Burnier
2014 Swiss Medical Forum = Forum Médical Suisse  
L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a lancé une stratégie sur le sel (2008)(2009)(2010)(2011)(2012) dans le cadre d'un pro gramme national de nutrition. L'OFSP cherche à dimi nuer la consommation de sel dans la population suisse en dessous de 6 g par 24 heures. L'Organisation mon diale de la Santé (OMS) préconise quant à elle un seuil populationnel inférieur à 5 g par 24 heures. Ces recom mandations se basent sur une synthèse de l'évidence scientifique disponible actuellement montrant
more » ... uellement montrant qu'une consommation de sel élevée est associée à une augmen tation du risque cardiovasculaire. Le but de cet article est de présenter de façon succincte l'évidence scientifique reliant consommation de sel et risque cardiovasculaire dans la population générale, en tenant compte de la qualité des données disponibles. Discussion méthodologique Les deux grandes catégories d'études épidémiologiques populationnelles sont les études observationnelles, qui consistent à mesurer certaines caractéristiques sans in tervenir sur les participants de l'étude, et les études ex périmentales qui comportent une intervention, distribuée au hasard ou non aux participants de deux ou plusieurs groupes. Pour des raisons éthiques évidentes, il n'est possible de réaliser des études expérimentales chez l'homme que pour des facteurs protecteurs. Etant donné que l'évidence scientifique actuelle fait pencher la balance du côté d'une augmentation du risque car dio vasculaire lorsque la consommation de sel est éle vée, seules des études expérimentales comparant une intervention visant à diminuer la consommation de sel à un groupe contrôle sont possibles. Audelà de la distinction entre observation et interven tion, de nombreux critères sont à prendre en compte pour juger de la qualité d'une étude épidémiologique. Ainsi, pour un essai randomisé contrôlé, la qualité du processus de randomisation (allocation au hasard) est cruciale pour que le niveau d'évidence généré soit élevé et que les résultats ne soient pas biaisés. Pour tous les ty pes d'études épidémiologiques, la qualité du phénotypage (par exemple l'estimation de la consommation de sel et la détection des évènements et/ou décès cardiovascu laires) est primordiale. On peut estimer la consommation de sel à l'aide d'un questionnaire alimentaire ou d'une analyse d'urine (mesure du sodium urinaire). Les deux principales façons d'estimer la consommation de sel à partir de l'urine sont la mesure du rapport sodium/ créatinine dans un échantillon d'urine et la mesure de l'excrétion de sodium dans une récolte urinaire de 24 h. Bien que la façon la plus valide soit la récolte urinaire de 24 h, il existe des limitations car (1) les récoltes de 24 h peuvent être incomplètes, (2) des pertes extraré nales de sodium peuvent avoir lieu (selles, sueur) et (3) la consommation de sel d'une personne peut varier d'un jour à l'autre [1]. Pour cette dernière raison, plusieurs récoltes urinaires de 24 h devraient permettre une meilleure estimation de la consommation habituelle d'une personne donnée. On peut aisément imaginer que les sources d'erreur sont encore plus nombreuses lorsque la consommation de sel est estimée à l'aide d'un questionnaire alimentaire, notamment en raison du fait qu'il est difficile pour les participants de se sou venir exactement de ce qu'ils ont mangé et aussi en rai son du fait que le contenu en sel des aliments peut varier en fonction des produits dérivés. Les erreurs dans l'estimation de la consommation de sel vont avoir des conséquences sur la nature des résultats observés, principalement dans le sens d'une atténuation de l'effet réel sousjacent [2]. Sel et pression artérielle Une consommation de sel élevée influence la morbidité et la mortalité cardiovasculaire principalement en raison d'une association positive avec la pression artérielle [3]. Plusieurs métaanalyses d'essais randomisés contrôlés ont démontré qu'une baisse de la consommation de sel entraîne une baisse de la pression artérielle systolique Quintessence Les trois façons principales d'estimer la consommation de sel dans la population générale sont le questionnaire alimentaire, le spot urinaire (rapport sodium/creatinine) ainsi que la récolte d'urine de 24 heures. L'importante variation intraindividuelle de la consommation de sel entraîne qu'une seule estimation de la consommation de sel à un moment donné ne capte qu'imparfaitement la consommation de sel d'une personne sur le long terme. Deux études expérimentales (TOHP I et II) suggèrent qu'une baisse de la consommation de sel est associée à une baisse de la mortalité et de la morbidité cardiovasculaire. Le bénéfice principal attendu d'une baisse modérée de la consommation de sel est une baisse de la morbidité et de la mortalité cardiovasculaire par le biais d'une réduction de la pression artérielle. Murielle Bochud Les auteurs ne déclarent aucun soutien financier ni d'autre conflit d'intérêt en relation avec cet article.
doi:10.4414/fms.2014.01804 fatcat:tbnxpwyk7jg5jff5s5za7dpdzm