VERMISCHTES

1896 Zeitschrift für Romanische Philologie  
On a hesito jusqu'a maintenant pour savoir s'il fallait faire de \Eulalie un texte wallon ou un texte picard. M. Suchier (dans cette revue, II, 300) ne se prononce pas et fait valoir la difficulto qu'il y a d'admettre dejä a une aussi haute epoque une soparation entre les dialectes. II reconnait toutefois un caractere wallon aux phenomenes £ + />«'et + > de raneiet, lei, coisi,! mais il dit que c et cz devant *, i (celle, czo, etc.; auxquels il faut ajouter tc de manatce) peuvent se lire
more » ... vent se lire ogalement ts ou is. M. Koschwitz dit qu'on peut assigner la s£quence "mit ziemlicher Sicherheit" a la rogion ou a 6t6 trouvo le ms. (c'est-ä-dire aux environs de St. Amand, d'oü provient le ms. maintenant a Valenciennes). Ce serait un texte picard plus ou moins franciso par la main des moines de St. Amand. Diez, G. Paris et Lücking, ajoute-t-il, auraient donc atteint la verito (p. 89). Mais comme le lui fait remarquer M. Paris dans la Romania (XV, 445), son explication de raneiet, coist par l'influence de formes faibles (coisant, neter) ne tient pas, puisqu'on a lei. II rosulte pourtant du compte rendu que M. Paris a fait du Commentar (Romania, XV, 445 ss.) que lui aussi croit avoir £ faire a un texte picard. II donne a c + a la valeur de k et a c + e, i celle de ts, en admettant que le picard ts a 6t6 procedo d'une otape /r. 2 Mais alors M. Paris admet donc des formes picardes rannet, lei, coist. Dans la suite de l'article, il n'en est plus question; visiblement genantes, elles sont adroitement nogligoes. Je ne crois pas qu'il faule hositer un seul instant I faire de la plus ancienne poosie francaise un texte wallon. Voici quels sont mes arguments: i° Le plus-que-parfait latin (auret non avret comme ocrit M. Koschwitz, voldrent qui peut bien £tre aussi voluerunt, pouret, 1 phonom^nes, dit-il, qui n'ont pas encore M trouvos en picard (Koschwitz, Commentar zu den alt. franz. Sprachdenkmälern» p. 88). 2 p. 446: "Pour moi, je pense de plus en plus que le picard a commenc£ par dire ts tout comme le fran^ais et que tch est un doveloppement postorieur." Brought to you by | University of Arizo Authenticated Download Date | 7/15/15 3:14 AM P. MARCHOT, SUR LB DIALECTE DB I/EULALIE. 511 füret, voldret, roverei) qu'on croit ne plus 6tre vivant nulle part dans le domaine roman au sens du parfait (voy. la Gramm, de Meyer-Lübke, II, § 309) est encore courant en wallon pour avoir et etre: 6rit, ourit, eurit = habuerat; furit, fourit = fü(e)iat. Les versions wallonnes de la Paradole de renfant prodigue en offrent de nombreux exemples (Hotton, Neufchäteau, Limerld pr£s Houffalize, OuiFet, Huy, Stavelot, Li£ge, Montegnoe les Ltege). A Neufchäteau, j'ai m£me relevo vöri = voluerat (Versions wall, de la Parabole, Li£ge, 1870, p. 112, verset 28). Voy. du reste Delaite, Essai de gramm. wall., I, pp. 27 et 29, oü sont donn£s les paradigmes complets pour ces parfaits & avoir et ttre. Le pays de Lioge a encore deri = dixeram, -äs, etc. UEulalie a aussi les formes d6riv6es du parfait latin, mais le wall, moderne continue a les poss^der ogalement. L'abondance des plus-que-parfaits dans VEulalie qui constituent presque la r£gle, parfaits qui n'existent qu'a Potat d'exception dans \Alexis et la Passion (froquents aussi dans le Liger), est un indice qui reporte au territoire wallon. 1 2° \Ja initial de raneiet, manatce, sans £tre caractoristique du wallon, Concorde avec* ce qu'on trouve chez celui-ci. Le liog. moderne a marici\ Jacques de Hemricourt (XIV e si cle), manechiet, manache (Doutrepont, Et. linguist. sur J.deHemr., p. 42); le Potme mora/, manace H3 d , 364*. Correspondant re-latin, on a ordinairement ra-: a St Hubertde e initial a a est du reste un phonomone familier au wallon, voy. les chartes Romania, XVII, p. 23; Doutrepont, Et. lingtäst., pp. 38 et 42; Poeme moral, p. 84; ma Phonologie, § 123. 3° Cbj>/ wisse dans les Dialogues Grlgoire (ap. Poeme mor., p. 40), mod. coche ou cohe, montre bien que nous avons affaire ä un trait wallon. Tel est aussi le cara^re de rannet et de lei? 1 Je n'ignore pas que jusqu'ici on a expliquo ces formes du wall. mod. en partant des 3. pl. orent = habuerunt, füren t -fuerunt, disrent = diierunt, qui auraient envahi d'abord tout le pluriel, ensuite tout le sing. (Stürzinger, Remarks on the conjugation of the Wallonian dialect). Mais c'est une explication que je ne saurais admettre, parce qu'elle ne peut s'appliquer ä disrent. Celui-ci en a. wall, est devenu disent, en vertu de la m£me loi qui a fasunk fisent, prisent, misent; U s'agit lä d'une chute de IV absolument normale. En partant du plus-que-parfait latin au contraire, la conservation de IV ä toutes les personnes de dixeram, -äs, etc., s'explique tres bien par l'influence des l. et 2. pl. dixeramus, dixeratis. J'avoue qu'une objection, qui n'est pas p£remptoire d'ailleurs, est qu'on ne trouve plus le plus-que-parfait lat. dans les textes wallons apres VEulalü; mais ces textes sont profondoment contamines par rinfluence litttrairc. 8 Je puis affirmer, apris enqufcte, que, en ce qui concerne U, U commence juste ä la frontiere picarde, ä la hauteur de Thuin. Coche = c a Brought to you by | University of Arizon Authenticated Download Date | 7/15/15 3:14 AM
doi:10.1515/zrph.1896.20.3.510 fatcat:akkvwl5r6vgf3ewk4prqiqrs6m