La Républicature [book]

Bertrand Tillier
1997 unpublished
Ce document a été généré automatiquement le 26 avril 2019. Il est issu d'une numérisation par reconnaissance optique de caractères. © CNRS Éditions, 1997 Gill -dans son républicanisme partisan -cherche à atteindre les opposants à la république par l'entremise du corps de l'un d'eux, doublement victime de sévices : il est d'abord piétiné puis réduit à un état de déchéance organique et de régression totale. Cette assimilation du bonapartisme à un excrément est particulièrement violente : la
more » ... violente : la politique des conservateurs et leur corps ne sont qu'une simple défécation digne d'être piétinée. 6 Dans cette image, c'est donc bien le corps comme métaphore, qui sert le discours politique, dans toute sa violence partisane, sous le crayon virulent du caricaturiste républicain, en établissant un réseau ténu de concordances et de correspondances entre le(s) corps et une signification politique. Mais cette charge n'est pas un cas unique ou isolé. Elle s'inscrit dans un corpus beaucoup plus vaste que le genre même de la caricature, en s'ouvrant à la peinture et à la sculpture. En effet, ce recours à la métaphore du corps dans l'image à caractère politique contient les enjeux d'une évidente ambition : raconter les événements et imager le pouvoir de la république -comme force politique d'opposition et de combat d'abord, puis comme régime -par l'entremise du corps devenu un vocable possible et récurrent d'une langue métaphorique capable de donner corps à des principes abstraits. Une caricature politico-esthétique de Lemot 2 donne un reflet précis de ces métaphores. Il y représente un peintre achevant une « suite de tableaux d'histoire », sous le regard d'un homme politique ( ?). Toutes les scènes achevées figurent des combats au corps à corps entre deux individus types, symbolisant différentes forces politiques. Les légendes expliquent ainsi : « l'opportunisme étranglé par le radicalisme, le radicalisme tombé par le socialisme, le socialisme écrasé par l'anarchie... » 7 Nombreux sont les documents et les images où il est possible d'observer le dessein politique de la représentation -au sens le plus large du terme -du corps et des corps. Si caricature, peinture et sculpture, dans le domaine plastique, font largement appel au corps, les textes de pamphlets, d'articles de presse, de débats parlementaires, de programmes politiques et de déclarations usent de cette identique métaphore, afin d'offrir un corps au récit de la république en cours de constitution. Les hommes comme « membres du corps républicain » ; le suffrage universel comme poumon ou comme sang de la république ; le peuple comme corps de la nation ; la liberté comme chair de la république... sont autant de métaphores corporelles récurrentes usitées dans ces textes laudateurs et emphatiques. Le langage du combat politique recourt également à ce type de métaphore, comme dans cet extrait de discours, où les radicaux-socialistes entendent extraire « la verrue réactionnaire insolemment plantée sur le corps vigoureux de la démocratie » 3 . À l'inverse, dans des écrits acides et satiriques, les opposants irréductibles au régime en place voient la république impotente, sclérosée ou gangrenée... Ici, la maladie et la dégradation physique se superposent et concourent implicitement à donner la vision d'un corps atteint et diminué du régime pour mieux pouvoir le dénigrer. Ce procédé métaphorique littéraire et plastique connaîtra d'ailleurs des moments d'apogée lors des grandes crises qui vont ébranler la république. Dès lors, le régime sera comparé à une maladie capable de contaminer la France, le peuple et la nation. 8 Ces quelques exemples de métaphores corporelles, employées dans le cadre de discours, de polémiques et de joutes verbales, sont dérisoires par rapport à leur nombre presque infini qui mériterait une étude lexicologique et lexicographique. Toutefois, ce modeste échantillon suffit à démontrer que les républicains n'ont pas toujours nourri leurs discours des éternelles abstractions fondatrices -liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité... -et qu'ils se sont vraisemblablement rapidement trouvés confrontés, par la précarité initiale puis par la fragilité du régime en quête de durabilité, à une nécessité NOTES
doi:10.4000/books.editionscnrs.8294 fatcat:zpi4oo57urcancikfyjt56kwfa