Les idéologies professionnelles

Philippe Coulangeon, Geneviève Pruvost, Ionela Roharik
2012 Revue française de sociologie  
Les idéologies professionnelles Une analyse en classes latentes des opinions policières sur le rôle de la police RÉSUMÉ En l'absence d'enquête sur le vote policier, l'étude des idéologies professionnelles, qui traduisent une forme de politisation des policiers ordinaires, partie intégrante de la socialisation professionnelle, permet d'approcher les orientations politiques du monde des policiers. À partir d'une enquête par questionnaire auprès de 5 221 policiers de tous grades, on a procédé au
more » ... , on a procédé au relevé des dissensions idéologiques sur la conception du métier policier. L'analyse est fondée sur la méthode des classes latentes, dont l'application fait ressortir trois classes d'opinion que l'on a qualifiées de répressive, médiane et préventive. Ces trois profils permettent de distinguer les policiers sur la question des missions prioritaires de la police, des populations à surveiller, des partenaires avec qui collaborer et des causes de la délinquance. L'analyse des propriétés sociales et professionnelles des policiers relevant de chacune des trois classes d'opinion montre ensuite la prépondérance des caractéristiques professionnelles sur les variables sociodémographiques dans la distribution au sein des trois classes. Selon le paradigme interactionniste, l'unité de façade des professions, assurée par les autorisations légales d'exercer, le corporatisme, les associations professionnelles, un code de déontologie, une « licence » et un « mandat » (Hughes, 1996) , ne constitue pas une preuve d'homogénéité de ses membres, qui appartiennent à des spécialités, des « segments » professionnels concurrents, et entretiennent des rapports distincts à leur métier selon les statuts qui leur sont assignés et leur étape dans la carrière (Strauss, 1992) . De cette hétérogénéité naît une pluralité de conceptions du métier qui s'affrontent dans les arènes professionnelles ou au-delà, donnant lieu à des débats que l'on qualifiera d'« idéologiques » à l'instar de Strauss, pour qui « l'identité professionnelle peut être considérée comme l'homologue de l'idéologie d'un mouvement politique » (1992, p. 83). La grande force de la définition straussienne des arènes professionnelles comme lieu politique de débat, c'est qu'elle ne réduit pas le champ politique aux partis politiques, aux professionnels de la politique, aux opinions publiques 493
doi:10.3917/rfs.533.0493 fatcat:mkiwzktjgffwbcnhzll7bhxuca