Tous les déverbaux en -at sont-ils des conversions du thème 13 ?

Michel Roché, Marc Plénat
2012 SHS Web of Conferences  
Parmi les diérentes formes que peut prendre le radical d'un lexème verbal, un thème caché , caractérisé par la nale /at/ dans les verbes réguliers, n'apparaît pas dans la exion mais sert de base à la suxation dite savante (e.g. alterner lterntEif ). Kerleroux (2007) a montré que ce thème peut être sélectionné par la conversion V N (alterner lterE nt) et en tire la conclusion qu'il n'y a pas d'autre suxe -t que celui de onsult. Un examen sémantique des déverbaux en -t, cependant, montre que la
more » ... nt, montre que la majorité d'entre eux sont des résultatifs, caractère qui les rapproche davantage des participes passés nominalisés que des noms processifs proprement dits, non marqués aspectuellement. Les déverbaux empruntés au latin, dont les dérivés formés en fran çais sont les continuateurs, résultent de deux modèles dérivationnels distincts : la suxation en -us, -© us, qui donne des noms processifs ; la nominalisation des participes passés en -us/-um, -i, qui donne des résultatifs. La disparition de la déclinaison et le traitement de la nale ont fait disparaître en français, sur le plan formel, les diérences entre les deux séries dérivationnelles. Il n'en reste pas moins que la forme en -t est pour les uns, devenus des convers, le thème 13, pour les autres une forme supplétive de participe passé. Sur le plan sémantique, d'autre part, la propension des noms d'action à désigner aussi le résultat de l'action multiplie les interférences entre les deux séries. De sorte que, non distinguées par leurs nales, elles ont tendance à se confondre. Le lexique contient par ailleurs un certain nombre de dénominaux en -t, dont les uns le type oûtt se rattachent à la famille des évaluatifs en /t/ tandis que les autres le type orget ont les mêmes caractéristiques sémantiques que les déverbaux résultatifs et les dénominaux en -é@eA ou en -de. Il y a donc non pas un mais trois suxes -t en français. Parmi les déverbaux en -t eux-mêmes, certains ressemblent davantage à des dérivés suxaux qu'à des convers. Mais l'essentiel n'est pas dans l'étiquetage de telle ou telle forme comme suxale ou non, mais plutôt dans l'observation d'une dynamique lexicale qui étend à des bases nominales * ERSS (Canal Historique), Université Toulouse-Le Mirail mroche@univ-tlse2.fr † ERSS (Canal Historique), Cercle Linguistique de Valence d'Albigeois plenat@univ-tlse2.fr 1 une série dérivationnelle d'abord déverbale, dégage par réanalyse une nale qui devient suxe, brasse et rebrasse les séries, sous-séries et super-séries à partir de rapprochements formels ou sémantiques. En reprenant, à la suite d'Arono (1994), la notion ancienne de thème et en organisant les espaces thématiques de chaque catégorie de lexèmes, Bonami et Boyé (2003 , 2005 , entre autres) ont fait faire un grand pas à la morphologie exionnelle du français. Bonami, Boyé et Kerleroux (2009) ont montré ensuite que cette approche pouvait éclairer certains points de morphologie dérivationnelle. Dans les dérivations en -eur, -ion, -if, etc., le segment -t -des formes comme dmirteur, 0rmtion, ssoitif n'appartient pas à une variante du suxe mais au radical : il est la caractéristique d'un thème caché , issu historiquement du supin latin, qui n'apparaît pas dans la conjugaison du verbe français. Un thème qui peut prendre d'autres formes, dont il serait dicile de rendre compte si l'on situait la variation du côté du suxe : /kOrEkt/ ∼ /kOrEks/ dans orreteur, orretion, pour corriger, par exemple, ou /kyrs/ dans urseur, ursif pour courir. Dans un article postérieur, bien que paru antérieurement, Kerleroux (2007) a montré que ce thème caché , devenu thème 13 dans les publications ultérieures de Bonami et Boyé (e.g. Boyé, 2011), pouvait être nominalisé par conversion. Ainsi pour alterner, par exemple, le thème /altErnat/ qui est suxé dans lterntif se retrouve, nu, dans lternt. Est-ce à dire, comme l'arme Kerleroux, qu'il n'y a pas d'autre suxe -t que celui de onsult et que tous les déverbaux en -t sont des conversions du thème 13 ? Il ne nous semble pas. On se propose de montrer (i) qu'une partie des déverbaux en -t sont des nominalisations d'une forme supplétive de participe passé ; (ii) qu'il y a plusieurs suxes -t ; (iii) que, du fait de l'homophonie des nales caractéristiques, la dynamique lexicale entraîne des interférences entre les diérentes séries de dérivés en -t. ment parlant, @leA port /pOr/ est à @ilsA portent /pOrt/ ce que fort /fOr/ est à forte 2 Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF 2012 SHS Web of Conferences Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0) 1 Nous ne suivons pas, sur ce point, la distinction empruntée par Kerleroux (2007) à Grimshaw (1990), entre dérivés [+Ev] (les noms processifs proprement dits) et dérivés [+R] (les résultatifs), parce qu'elle ne nous semble pas pertinente ici. D'après les critères de Grimshaw, [+Ev] n'accepte que le déterminant déni et le singulier. Or uneGdes demnde@sA n'est pas plus marqué, du point de vue aspectuel, que l demnde, et le critère qui nous intéresse ici, comme le plus déterminant, est précisément le critère aspectuel.
doi:10.1051/shsconf/20120100121 fatcat:eaz4kq7t5fb77c77xuuudnwshu