La dyspnée dans les soins de premier recours

2015 PrimaryCare  
Médecin spécialiste en pneumologie, St-Gall En nous fondant sur 12 points, nous tentons d'aborder le symptôme complexe et inquiétant de la dyspnée, de le comprendre, de l'évaluer correctement sur le plan clinique et enfin de le traiter, tout ceci dans l'optique des soins de premier recours. Article basé sur un exposé présenté au congrès du CMPR 2014. Définition La dyspnée est un terme qui qualifie une perception subjectivement désagréable de la respiration. Lors d'un cours magistral de
more » ... gistral de physiologie dans le cadre des études de médecine, la phrase suivante du professeur m'est restée en mémoire: la dyspnée, c'est lorsque je respire, et non pas quand ça respire. Cela signifie que la respiration est un processus en grande partie inconscient et autonome, commandé et orchestré par des structures cérébrales sous-corticales. La dyspnée est la prise de conscience de ces automatismes. Par ailleurs, la dyspnée n'est pas toujours synonyme de «maladie», mais elle présente -justement dans les soins de premier recours -très fréquemment un contexte fonctionnel et psychosomatique, avec au premier plan des troubles anxieux. Définir la dyspnée est plus difficile et moins précis que définir la douleur. Certes, la douleur est également de nature subjective, mais les processus pathogènes sont en grande partie connus, du moins pour les douleurs somatiques. En cas de douleurs persistantes malgré un traitement optimal de l'affection sous-jacente, nous disposons d'une vaste palette d'options thérapeutiques. En revanche, pour le symptôme de la dyspnée, nos options thérapeutiques sont plutôt limitées, même lorsque l'affection sous-jacente est traitée de manière optimale. Epidémiologie La dyspnée fait clairement partie des symptômes les plus fréquents, 5-10% de toutes les consultations au service des urgences ayant pour motif une dyspnée [1]. Diagnostic différentiel Pour le symptôme de la dyspnée, le diagnostic différentiel est certainement très vaste. Le passage en revue de tous les facteurs et causes de la dyspnée sortirait large-ment du cadre de cet article. Nous faisons volontairement l'impasse sur cette énumération, digne d'un manuel scolaire. Nous nous attarderons néanmoins sur les principales causes de dyspnée aiguë et chronique. Causes les plus fréquentes de dyspnée aiguë dans les soins de premier recours (estimation de l'auteur) -Exacerbation de l'asthme et/ou BPCO -Hyperventilation (attaque de panique) -Maladie coronarienne aiguë -Maladie cardiaque valvulaire -Causes plus rares (embolie pulmonaire; pneumothorax; obstruction au niveau de la glotte, notamment l'oedème de Quincke, le laryngospasme, etc.; exacerbation d'une pneumopathie interstitielle) Causes les plus fréquentes de dyspnée chronique dans les soins de premier recours (estimation de l'auteur) -Sur le plan fonctionnel: hyperventilation, déconditionnement, obésité -Asthme -BPCO -Pneumopathies interstitielles -Dysfonctionnement myocardique (cardiopathie coronaire ou valvulaire) La dyspnée doit toujours être appréhendée comme un syndrome. Elle ne désigne pas uniquement les processus dans un organe unique (organe atteint). La dyspnée est l'expression d'un déséquilibre entre les systèmes d'organes responsables, notamment musculaire -cardiovasculaire -pulmonaire, et celui qui commande et surveille l'ensemble: le système cérébral. Exemple: dyspnée constatée chez un jeune ayant de grandes ambitions sportives et poussé par ses parents: le cerveau veut alors que les organes totalement sains ne peuvent ou ne veulent pas (encore). APPRENDRE 297 PRIMARYCARE -LE JOURNAL SUISSE DES MÉDECINS DE PREMIER RECOURS 2015;15(17):297-302
doi:10.4414/pc-f.2015.01091 fatcat:cftdodzfwndnfdl25czp4lmepi