Le dictionnaire bilingue est-il un mauvais outil ?

Alain Duval
1994 Palimpsestes  
Référence électronique Alain Duval, « Le dictionnaire bilingue est-il un mauvais outil ? », Palimpsestes [En ligne], 8 | 1994, mis en ligne le 01 janvier 1996, consulté le 08 juillet 2017. URL : http://palimpsestes.revues.org/729 ; DOI : 10.4000/palimpsestes.729 Tous droits réservés Alain DUVAL Université Paris X -Nanterre LE DICTIONNAIRE BILINGUE EST-IL UN MAUVAIS OUTIL ? Proposer comme titre de cet article : "Le dictionnaire bilingue est-il un mauvais outil ?" présuppose que le dictionnaire
more » ... e le dictionnaire bilingue est un outil, ce qui le situe d'emblée dans un certain rapport, qui peut sembler réducteur, avec l'usager. Le dictionnaire monolingue est généralement perçu comme ouvrage de référence, objet de culture, moyen de connaissance, arbitre... Dire que le dictionnaire monolingue n'est qu'un outil serait le considérer dans sa fonction la plus mécanique, le ravaler au rang de vulgaire correcteur d'orthographe par exemple. Le dictionnaire bilingue, en revanche, n'a jamais été considéré comme objet de culture. Malgré la taille et le prix parfois, il ne figure pas dans la catégorie du livre-cadeau. Il est austère et fonctionnel. Dire que c'est un outil, c'est mettre en évidence sa véritable nature. C'est un transcodeur qui permet une opération de substitution sur l'axe syntagmatique d'un paradigme de langue source en son équivalent en langue cible. C'est un instrument de traduction, ce n'est même que cela. Dire que le bilingue peut être mauvais, c'est souligner une autre différence d'essence par rapport au monolingue. On trouvera le monolingue plus ou moins précis, plus ou moins documenté, plus ou moins complet, mais on dira rarement qu'il est mauvais. Que serait un mauvais monolingue ? Un dictionnaire bourré de fautes d'orthographe ? Un dictionnaire donnant des définitions erronées ? Or le qualificatif "mauvais" est souvent accolé au bilingue. Les enseignants y sont généralement hostiles et le considèrent comme un mal parfois nécessaire. La preuve tangible de la nature pernicieuse du bilingue est apportée par les traductions "faites à coups de dictionnaire", engendrant des catastrophes dans les copies d'étudiants, fournissant des perles plus ou moins authentiques qu'apprécient en connaisseurs les professeurs de langue aux interclasses.
doi:10.4000/palimpsestes.729 fatcat:es3jhybzrvd2leul5vn3marxd4