Réseaux, libertés et contrôle : Une généalogie politique d'Internet

Anne-Sophie Letellier
2017 Canadian Journal of Communication  
Réseaux, libertés et contrôle : une généalogie politique d'internet. Par Benjamin Loveluck. Paris : Armand Colin, 2015. 367 pp. ISBN : 9782200293826. Les enjeux entourant la gestion de l'information font partie de plus en plus de débats contemporains. Que ce soit dans les débats portant sur la diffusion de « fausses nouvelles » sur les plateformes de réseautage social telles que Facebook, les enjeux de sécurité et de vie privée liés à la popularisation « d'objets intelligents » ou par la
more » ... e massive de données par des acteurs corporatifs ou gouvernementaux, il est nécessaire de reconnaître que l'internet et les réseaux numériques ont une dimension intrinsèquement politique par leur manière d'organiser les interactions entre les citoyens, notamment à travers divers processus de captation, de diffusion et d'analyse d'informations. Cependant, pour se pencher sur ces problématiques sans tomber dans le piège du déterminisme, il s'avère nécessaire d'aborder les réseaux numériques en tenant compte des acteurs et idéaux qui ont historiquement structuré son développement. Dans cette mesure, l'ouvrage de Benjamin Loveluck, Réseaux, liberté et contrôle : une généalogie politique d'internet, se pose comme une référence incontournable. L'ouvrage s'inscrit dans une importante lignée de travaux portant sur l'histoire sociale et politique de l'internet. 1 Il tire néanmoins son originalité et sa pertinence théorique dans sa manière d'ancrer l'analyse historique des réseaux numériques dans une axiologie de l'information. Effectivement, en s'intéressant principalement au concept d'information-à travers la dialectique entre sa liberté et son contrôle-Loveluck approche l'internet en tant qu'objet politique et en propose une analyse généalogique à partir des principes libéraux qui ont structuré son émergence et son développement. Cela permet de soulever avec efficacité la dimension politique inhérente aux réseaux numériques en identifiant les implications politiques et économiques des choix techniques sous-tendant leur déploiement tout en les mettant en relation avec d'autres « artifices destinés à réguler les interactions humaines : le droit et le marché » (p. 15). En ayant recours à une méthode d'analyse inspirée des travaux de Michel Foucault et de Marcel Gauchet, Loveluck retrace les différents moments charnières et identifie les acteurs, penseurs et institutions impliqués dans la construction des réseaux ainsi que dans l'imaginaire politique, social et économique de leurs usages. Sans postuler l'uniformité des discours, il porte son attention vers les points de convergence et de divergence afin de voir comment ceux-ci trouvent écho dans l'environnement numérique actuel. La première section aborde les origines de l'internet et de l'informatique. En contextualisant leur naissance dans le complexe militaro-industriel suivant la Seconde Guerre mondiale, Loveluck souligne l'implication des universités américaines dans le développement des premières infrastructures et des prémisses idéologiques qui les accompagnent. Que ce soit dans les conférences de Macy-qui ont été l'incubateur de
doi:10.22230/cjc.2017v42n3a3285 fatcat:ipi7chbv5vaqtocild62cwv7ra