Le moment discursif des barricades d'août 1648 : quelle interprétation des récurrences dans le discours sur l'événement ?

Karine Abiven
2019 Cahiers de Narratologie  
Le présent travail s'attache au traitement discursif de ce qu'on peut appeler un « événement historique catalyseur » (Lüsebrink & Mollier 2000 : 2) : les barricades d'août 1648, généralement considérées comme le point de départ le plus visible de la Fronde (révolte à la fois parlementaire, aristocratique, bourgeoise et populaire, lors de la Régence pour minorité de Louis XIV entre 1648 et 1653). Loin de proposer une fausse dialectique qui consisterait à aller du style de l'événement à
more » ... énement à l'événement du style, il s'agit plutôt de tirer les conséquences, au niveau empirique, des théories sur le « retour de l'événement » en histoire, qui font de celui-ci un événement discursif autant qu'un fait historique. Dans les sciences humaines en général, la notion d'événement qui a fait retour dans les quarante dernières années (Nora 1974) n'est pas celle de l'histoire événementielle, héritée du XIX e siècle, comme succession causale (voire déterministe) d'épisodes faisant événement (Morin 1972 : 173-174). L'« événement revisité » (Dosse 2010 : 195 sqq.), celui qui apparait après que les Annales ont mis en garde contre le « péché événementialiste » (Braudel, cité par Capdevila 2004 : 80), se comprend désormais plutôt comme une trace que comme une cause ; on cherche à voir comment il s'inscrit dans la mémoire longue par exemple, plutôt que de prévoir combien il était contenu en germe dans ce qui le précède. Ce néo-concept d'événementialité historique mêle ainsi indissociablement événement et langage (par exemple : Rétat 1979 , Sgard 1989 , Farge 2002 , Dosse 2010 ; ce qui fait événement, c'est ce qui laisse des traces dans les archives, c'est donc ce qu'on ne peut connaître qu'en considérant la matérialité langagière et le moyen de communication qui le véhiculent : son expression, et sa médiatisation. Les travaux autour du « discours sur l'événement » (Rétat 1979) évoquent souvent la « grammaire », la « syntaxe », le « dictionnaire » des textes regroupés au sujet d'un événement (ibid. : 341), ou parlent au sujet des différentes
doi:10.4000/narratologie.9264 fatcat:57fuzrjaejhsppqt6efxjbqgo4