Stress

Robert Barouki
2002 M S.Médecine Sciences  
> Les mots ont parfois le même sort que les hommes. Malgré des origines un peu douteuses, une signification vague et inconstante, ils finissent parfois par acquérir leurs lettres de noblesse forts de scores flatteurs en bibliométrie et en sitométrie en ligne (nombre de sites internet consacrés). Stress a ainsi débarqué dans la langue française au milieu du XX e siècle après un début de carrière anglosaxon. Les frontières ne sont pas étanches et les douaniers de l'orthodoxie ont leurs
more » ... nt leurs faiblesses. Les dictionnaires anglais tracent son apparition au XIV e siècle et l'associent au mot distress ou destresse, lui-même provenant du vieux français et auparavant du latin familier. Il n'y a donc pas lieu de s'offusquer de cet anglicisme que la langue française ne fait que récupérer, légèrement retouché, après quelques siècles. Alors que ce terme était d'abord utilisé de manière très précise par les physiciens puis les physiologistes, sa signification s'est élargie lorsque biologistes et psychologues s'en sont emparés. Il envahit avec ces derniers le langage du grand public et acquiert une véritable valeur marchande. Il suffit de naviguer nonchalamment sur la toile pour se voir proposer toutes sortes de formules pour gérer son stress, dominer son stress ou, à défaut, mieux vivre son stress. Le stress, pour les physiciens, est un stress mécanique proche de la notion de tension. Il correspond à une force de résistance lorsqu'un corps, en particulier un métal, est soumis à une déformation ou à une charge. Il y a déjà là une notion de contrainte et d'adaptation. Cette notion est présente aussi dans la définition du stress que le physiologiste Hans Selye a proposé, à savoir la réponse d'un organisme vivant à une agression ou à une modification du milieu extérieur ou intérieur. Cette réponse emprunte des relais nerveux et endocriniens, en particulier le système hypothalamo-hypophysaire et se traduit par une élévation de l'adrénaline et du cortisol qui, par leurs effets respiratoires, vasculaires, métaboliques et psychiques, mettent l'organisme en alerte et le préparent à une situation exceptionnelle. De manière caricaturale, l'animal devra choisir entre fuite ou combat. Dans cette acception, le stress définit d'abord la réponse et non l'agression initiale et constitue une réaction adaptative. De plus, cette réponse est peu spécifique de l'agression et recouvre l'ensemble des processus communs mis en jeu dans un organisme en état d'alerte.
doi:10.1051/medsci/2002185523 fatcat:tznk3au3cvellbk2uc6ooy6dsa