Rite et théologie protestante

Olivier Bauer
2003 Laval théologique et philosophique  
Si elle disposait du dispositif théorique adéquat, la théologie protestante saurait que faire des rites que les Églises protestantes célèbrent ! Fort de cette conviction, l'auteur propose de comprendre le rite comme une technique d'influence. Reprenant les travaux de Catherine Bell, il invite à rechercher les stratégies de ritualisation mises en place pour chaque rite afin de découvrir le type de relation à Dieu que chaque Église y suggère. À titre d'exemple, l'auteur applique cette méthode à
more » ... e cette méthode à la célébration de la cène dans l'Église évangélique de Polynésie française. Summary: If Protestant theology had the theoretical tools to reflect upon ritual activities, it would know how to theologically analyze the rites performed in Protestant churches. Based on this conviction, the author sets up an understanding of ritual as a technique that influences cultural and religious representations. Inspired by Catherine Bell's work, the author proposes to uncover the strategies of ritualization established for each rite in order to reveal what type of relationship to God each congregation develops. As an example, the author applies this methodology to the celebration of the Eucharist in the Evangelical Church of French Polynesia. Les théologiens protestants ont longtemps été méfiants à l'égard des rites. Ils craignaient qu'ils ne transmettent les pires maladies spirituelles, celles qui conduisent à satisfaire les besoins religieux humains, à manipuler Dieu, à favoriser l'hypocrisie et la superstition, à faire du pasteur, le seul administrateur du sacré, etc. Bref, ils les soupçonnaient de « catholiciser » la foi réformée. Les théologies les plus « antiritualistes » se sont d'ailleurs développées dans les régions où le protestantisme a été en concurrence avec le catholicisme. Le soupçon à l'encontre des rites a pu être si fort, qu'en 1968, le théologien allemand Rudolf Bohren proposait que son Église fasse, l'époque s'y prêtait, la « grève des rites » 1 . Aujourd'hui, les théologiens protestants se sont aperçus que toutes les Églises, même les leurs, célèbrent des cérémonies collectives et régulières. Ils retrouvent donc quelques vertus aux rites. Ils leur concèdent une valeur anthropologique. « Le rituel, sous des formes multiples, est inscrit de manière fondamentale au coeur de la réalité humaine. L'attitude moderne de déni a le plus souvent pour effet de faire surgir simplement des rituels sauvages dont les exemples sont innombrables aujourd'hui 2 . » Ils admettent que la célébration de rites offre, malgré tout, des perspectives théologiques intéressantes : ils relient la communauté célébrante aux autres communautés passées ou éloignées ; ils limitent le pouvoir du pasteur, en l'obligeant à respecter des traditions dont il n'est pas l'auteur ; souvent demandés pour des « raisons sociologiques », ils permettent aux Églises de rencontrer leurs marges ; ils peuvent transmettre la parole de Dieu ou pour le moins créer des conditions favorables au dialogue avec lui. Mais la théologie protestante manque d'un dispositif théorique qui lui permette d'aborder les rites. C'est à cette recherche que j'ai consacré ma thèse de doctorat 3 . Cet article résume ma proposition
doi:10.7202/000786ar fatcat:anmcdm5jbbgnzpmpdl6cfhhbcq