L'acquisition de la temporalité en FRL2 : étude descriptive de narrations au passé par des apprenants néerlandophones et hispanophones

Pascale Hadermann, Ariane Ruyffelaert, Franck Neveu, Peter Blumenthal, Linda Hriba, Annette Gerstenberg, Judith Meinschaefer, Sophie Prévost
2014 SHS Web of Conferences  
Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 4.0 Le temps verbal décrit « l'orientation d'un procès par rapport à un repère » sur un axe orienté du passé vers l'avenir (Wilmet 2007 : 68). Il établit un rapport entre le moment de la parole (désormais MP) et le temps de la situation exprimée par le verbe (désormais TSit) qui est de l'ordre de la simultanéité, de l'antériorité ou de la postériorité. Il se peut que la situation exprimée par le verbe se rapporte à un autre
more » ... apporte à un autre point sur l'axe temporel que le MP, ce qui donne lieu à l'identification d'un nouveau repère que Reichenbach (1966) appelle the point of reference ou « the temporal standpoint from which the speaker invites his audience to consider the occurrence of the event (or the obtaining state) » (Taylor 1977 : 203, cité par Kihlstedt 1998. Nous le désignerons par le terme de temps référentiel (TRé). L'aspect grammatical et le mode d'action L'aspect grammatical indique la façon dont l'action se déroule, indépendamment du MP. Il concerne la perspective que le sujet parlant adopte par rapport au déroulement, à la progression ou à l'accomplissement du procès. Etant donné la richesse de ces perspectives, plusieurs classifications et étiquettes ont été proposées, selon que l'on envisage (i) le regard du locuteur vis-à-vis du procès : soit de l'extérieur, soit de l'intérieur (par ex. aspect global vs sécant, Wilmet 2007 : 71), (ii) la pertinence ou l'impertinence du procès par rapport au présent (par ex. aspect parfait vs aoriste, Kihlstedt 1998), (iii) la vision résultative ou non du procès (par ex. aspect perfectif vs imperfectif, Populier 1985). De plus, toute prédication verbale véhicule un sens aspectuel inhérent que l'on nomme habituellement « aspect lexical » ou « mode d'action » et qui ne doit pas être confondu avec l'aspect grammatical. « La catégorie de l'aspect se décompose en aspect lexical [= mode d'action] et aspect grammatical. L'aspect lexical correspond au type de procès (activité, état, accomplissement, ...) exprimé par le lexème verbal et son environnement actanciel (par exemple, on établit au moyen de tests syntaxiques que manger du poulet constitue une 'activité'). L'aspect grammatical définit le mode de présentation du procès (accompli, inaccompli, itératif, ...) tel qu'il est indiqué essentiellement par les marques grammaticales (temps morphologiques, semi-auxiliaires, adverbes d'aspect. » (Gosselin 1996 : 10) Vendler (1967), pionnier dans le domaine de la définition et de la classification des modes d'action, distingue quatre groupes de verbes d'après leur sens aspectuel inhérent : a. les verbes d'état qui se caractérisent par une idée durative (p. ex. être, avoir, aimer) ; ils impliquent une continuation de la situation décrite sans changement d'état ; ils sont non dynamiques et puisqu'ils ne tendent pas vers une fin, ils sont également considérés comme atéliques ; b. les verbes d'activité où chaque partie du procès est de même nature que le tout (p. ex. courir, jouer, naviguer) ; ils sont dynamiques et exigent de l'énergie pour se réaliser et pour faire perdurer le procès; ils n'envisagent pas la fin du procès, ils sont donc atéliques ; c. les verbes d'accomplissement dont le procès s'achemine inévitablement vers un terme (p. ex. manger une pomme, courir cinq kilomètres 2 ) ; dans ce cas, il faut de l'énergie non seulement pour continuer les procès exprimés, mais aussi pour les faire naître ou pour les faire aboutir ; ils sont téliques ; d. les verbes d'achèvement qui, à cause de leur caractère instantané, réfèrent au terme (ou à l'origine) du cheminement (p. ex. reconnaître, entrer, tomber) ; ils sont également téliques et, en plus, ils possèdent le trait [+ponctuel] lié à l'expression de l'instantanéité 3 . Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0) « Si une langue offre un contraste entre un aspect perfectif et d'autres aspects, alors une partie du sens de l'aspect perfectif, du moins dans la narration, est de décrire les événements principaux, séquentiels, du premier plan, tandis qu'une partie du sens de l'aspect non perfectif, et spécialement de l'imperfectif, est de donner des renseignements supplémentaires d'arrière-plan. » Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 4.0 Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0) Le présent fonctionne donc la plupart du temps comme une stratégie d'évitement, qui permet de contourner l'emploi formel et/ou fonctionnel plus complexe d'un temps verbal du passé. Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0) L'hypothèse associée à cette question qui prédisait l'existence de couples « temps + TA » appropriés se trouve infirmée par nos données. 3. Les apprenants s'appuient-ils avant tout sur le mode d'action pour choisir un temps verbal ? Article en accès libre placé sous licence Creative Commons Attribution 4.0 Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF 2014 SHS Web of Conferences 13 [4.11] désigne le corpus (4 pour le corpus NL FR L2 et 3 pour le corpus ESP FR L2), 11 identifie à l'élève. 14 Il s'agit de quelques rares exemples de futur et de conditionnel. 15 Il aurait pu être « présent historique », emploi souvent attesté dans des narrations de locuteurs natifs pour référer à des événements passés. Le présent historique y alterne généralement avec le passé simple. Or, comme les apprenants utilisent cette forme également dans le domaine de l'arrière-plan, où sa présence n'est pas usuelle, nous ne la considérons pas comme illustrative du présent historique. 16 Ces erreurs sont essentiellement dues à une surgénéralisation de ces temps.
doi:10.1051/shsconf/20140801373 fatcat:rafm7uoeenfg5igsp6w7youqze