Hegel en toutes lettres n° 15 : Retour à Berlin…

Jean-Marie André
2015 HEGEL - HEpato-GastroEntérologie Libérale  
Le Capitole est proche... Hegel occupa à Berlin les plus hautes fonctions universitaires. Il est «l em eilleur ».S es idées, sa doctrine se voient cautionnées par les instances les plus distinguées de l'intelligentsia prussienne [1] . Il devient membre de la Commission des examens de Brandebourg, instigateur des projets de la réforme pédagogique et d'octobre 1829 à octobre 1830, il est Recteur de l'Université de Berlin. Ad ire vrai les autoritésp lutôt«ignorantes et bornées » ne pouvaient
more » ... ne pouvaient déjuger Karl vonA ltenstein, l'incontournable ministre de l'Instruction Publique et des Cultes en place depuis 1817 et qui plus est, avait nommé Hegel et le soutenait. Nombreux, parmi ses anciens collègues ou étudiants, «d evinrent des amis » d'Hegel. Leurs lettres semblent respecter un rituel bien huilé.E lles débutent en généralp ar un «C her et honoré Maître et Ami » ou par un «V é n é r éMaître » ou par un «M onsieur le Professeur » pour continuer par l'expression d'une sincère admiration pour le génie d'Hegel. Puis suit discrètementu ne requête. Celled ep rendre connaissance d'un livre, d'un article, d'un cahier sur les couleurs, sur les mathématiques dans leur rapport avec la philosophie, ou d'une dissertation que le scripteur «v ient de » ou «v a»publier avecu ne demande,e xplicite le plus souvent, ou implicite dans les autres cas, de bénéficier d'une recension dans la Jahrbücher für wissenschaftliche Kritik la revue d'Hegel. Ou bien celle de soutenir,etplus si possible, la candidature d'un ami, d'un disciple, voire du scripteur lui-même, en vue d'obtenir un poste universitaire à Berlin ou dans une autre université de la Prusse où «l'intelligence prédomine ».Ouencore celle d'obtenir de Hegel un de ses ouvrages épuisésv oire de faire imprimer le livret d'une tragédie inspiréed el 'histoire romaine et de la faire jouer à Berlin. Pour ces lettres de longueur variable, la palme posthume revient à Ludwig Feuerbach, un de ses anciens étudiants [2]. Avec une lettre d'au moins 32 000 signes, espaces non compris et un post scriptum dans lequel Feuerbach ajoute :«J em ep ermets encore Monsieur,d e vous signaler que, pour ne pas vous importuner par une trop longue lettre, j'ai volontairement omis de vous parler en détail de ma dissertation et d'indiquer ce que, dans celle-ci, je reconnais moi-même comme faux et comme mauvais ».Q uant à Hegel, il répond toujours avecb eaucoup d'aménité en priant son interlocuteur de lui pardonner sa réponse tardive, en raison de son travail universitaire, de la santé de son épouse ou d'un de ses nombreux déplacements. Bien organisé,ilsemble répondre périodiquement à ces courriers comme ce fut le cas pour les quatrep remiers jours de mars 1828. Mais avecd es délais d'attente trèsv ariables, allant d'un à neuf mois ! Dans sa lettre du 28 octobre 1827, Georg Gabler,s on ancien étudiant à Iéna et futur successeur à Berlin en 1835, semble yparaphraser Mozart dans sa dédicace des Quatuors à cordes dédiés à Haydn [3]. Dans la sienne, Gabler y écrivit que « cet ouvrage vient à vous comme un petit-fils à son grand-pèreetqui, dans sa pure piété,c herche et réclame de ce fait un acceuil favorable, désire se justifier à vosy eux en vous de demandant de le reconnaître -c eq ui seral ec as si son père est véritablement le père ».H egel lui répond le 4m ars 1828. Son «o uvrage[...]u nit la profondeur de la pensées p é culative à la précision et à la clarté du développement ».I la joute que les «d igressions » de Gabler à propos d'Aristote sont des «m odèles d'exposition ».I ll ef é licite «d 'attaquer directement le verbiage, de le troubler dans sa tranquilité et son ignorance, grâce auxquelles il se maintient prospère contre une science plus sérieuse ».Qu'il soit rassuré, dit-il plus avant, son livre fera bien l'objet d'une recension dans la Jahrbücher für wissenschaftliche Kritik. Recension qu'il ad 'ailleurs confiée à Hermann Hinrichs, un ancien étudiant d'Heildelberg, dont Gabler venait dans son courrier,d ' é voquer la «p rolixité,l av erbosité et les maladresses qui offensent le style et le goût » !Q uant à la budgétisation, enfin, du futur poste souhaité de professeur de Philosophie à Berlin, Hegel avoue n'avoir pas un poids suffisant pour en décider. De la RocheT arpéienne Pourtant, dèss on arrivée à Berlin, Hegel resta lucide. Déjà dans une lettre du 30 octobre 1819, il écrivit à son ami hélléniste Cruzer :«je vais avoir cinquante ans, j'en ai passé trente dans ces temps troubles, où alternaient la crainte et l'espoir,e tj 'espérais que c'en était fini de la crainte et de l'espoir.E tm ê me, dans les heures sombres, on pense que cela devient toujours pire » [4]. Mais deux ans plus tard, dans une lettre à son ami Niethammer [5], il avoua d'unep art qu'il était «u nh omme anxieux » aimant la
doi:10.4267/2042/56646 fatcat:7alycvnjhngk5njpeo7jybkx64