La violence sexuelle : cas symptomatique de l'anachronisme des perceptions juridiques afghane et iranienne

Pejman Pourzand
2012 Archives de politique criminelle  
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more » ... ue ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. Powered by TCPDF (www.tcpdf.org) Document téléchargé depuis www.cairn.info ---207.241.231.108 -10/02/2020 07:29 -© Editions A. Pédone Document téléchargé depuis www.cairn.info ---207.241.231.108 -10/02/2020 07:29 -© Editions A. Pédone * (p) : référence en persan. POLITIQUE CRIMINELLE COMPAREE 242 exercé une influence déterminante au détriment de l'appareil d'Etat afghan. Les normes adoptées et, bien entendu, l'Etat dont elles sont l'émanation demeurent concurrencés dans la pensée collective des Afghans par deux références : une référence religieuse (pour les Pashtounes) définie par l'appartenance à l'Umma 5 , et pour l'autre moitié des Afghans, c'est-à-dire les persanophones, une référence à la culture classique persane marquée par l'existence d'un Etat idéalisé et bien plus ancien que l'Etat afghan, trop contemporain 6 . Ces deux références sacrée et profane, quoique différentes dans leurs origines, se lient pour discréditer le système juridique mis en place par l'Etat afghan. Et pourtant, ni ce passé historique commun, ni l'appartenance pour partie à la même sphère linguistique, pas plus d'ailleurs que le fait de porter le même intitulé politique -l'Afghanistan est une république islamique tout comme l'Iran -ne font disparaître le décalage qui les sépare et les singularise radicalement. S'il est vrai que depuis l'arrivée au pouvoir des religieux, l'Iran vit une détérioration générale de sa situation, le pays peut néanmoins se prévaloir d'une société civile relativement bien organisée où les femmes sont socialement très actives. Par ailleurs, contrairement à l'Afghanistan, dont l'existence en tant qu'Etat remonte au plus au XVIII e siècle 7 et où les appartenances ethniques s'expriment avec beaucoup de véhémence, l'Iran est un Etat historique au corps national plus ou moins homogène et ce, malgré son caractère pluriethnique. Il faut garder à l'esprit que des décennies de guerres civiles 8 et d'invasions de toutes sortes et de toutes parts ont abouti aujourd'hui à un Etat dont l'aptitude à exercer sa souveraineté laisse dubitatifs les observateurs les plus optimistes. Dans un tel contexte, il n'est pas surprenant que le droit afghan, dans sa structure et sa formation, soit encore balbutiant et n'atteigne pas, en complexité, le droit iranien. Toutefois, la problématique de la violence sexuelle présente une particularité qui justifie tout à fait une étude comparative entre les deux systèmes choisis : la manière dont la réflexion autour de la violence sexuelle s'est articulée, aussi bien dans l'un que dans l'autre pays, illustre un cas symptomatique. Elle met en évidence la distance qui sépare le droit positif de la réalité sociale dans les deux Etats. Toutes proportions gardées, chez l'un et chez l'autre, le droit positif est marqué par un anachronisme patent. Soit qu'il se trouve dominé par la force normative des coutumes tribales (en Afghanistan), soit qu'il s'avère affecté par une obsolescence religieuse (en Iran). En toute logique, la résistance juridique face à la disponible sur le site du Centre d'études et de recherches de l'encyclopédie d'Aryana,
doi:10.3917/apc.034.0241 fatcat:owyff66xabekhnak43mixnsuhq