La Russie à la recherche d'un nouveau système international et d'une nouvelle politique extérieure

Pierre Binette, Jacques Lévesque
1993 Revue québécoise de science politique  
Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. Érudit offre des services d'édition numérique de documents scientifiques depuis 1998. Pour communiquer avec les responsables d'Érudit : info@erudit.org Article « La Russie à la recherche d'un nouveau système international et d'une nouvelle politique extérieure » Pierre Binette et Jacques Lévesque Revue québécoise de science politique, n° 24, 1993, p. 45-73. Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI:
more » ... http://id.erudit.org/iderudit/040319ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter à l'URI https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Document téléchargé le 13 février 2017 03:52 La Russie qui a émergé de l'effondrement de l'URSS en 1991 s'est dotée d'une politique extérieure qui se voulait en rupture fondamentale avec celle de l'Union soviétique. Avec une volonté de cohérence remarquable, la Russie a cherché à adopter une vision du monde et une définition de ses intérêts, qui soient en pleine conformité avec les valeurs et les objectifs communs des puissances occidentales parmi lesquelles elle comptait s'inscrire. Sa tentative de faire table rase du passé, qui est ici présentée et qui s'est d'abord imposée, n'a pas pu se maintenir. Le poids du passé russe et soviétique a progressivement resurgi sous diverses formes dans les débats qu'a suscités la définition des intérêts de la nouvelle Russie. La redéfinition de la politique extérieure de la Russie qui paraissait une chose faite en 1992 est en train de se refaire dans un contexte politique profondément changé, et dans une direction inquiétante pour les États issus de l'URSS, et est susceptible de poser des dilemmes de plus en plus difficiles aux puissances occidentales. «...les ruptures révolutionnaires ne sont jamais aussi complètes ou définitives que le pensent ceux qui les veulent Pierre Binette et Jacques Lévesque, département de science politique, Université du Québec à Montréal, CP. 8888, Suce. Centre-Ville, Montréal (Québec), H3C 3P8 Revue québécoise de science politique, no 24, automne 1993. 46 R.Q.S.P./N 0 24 aussi bien que ceux qui les craignent 1 ». Cette constatation qui visait la révolution bolchevique d'octobre 1917 s'applique aussi bien à celle qui a mis fin à l'existence de l'URSS en 1991. Certes, les objectifs de Lénine et de son régime étaient radicalement différents de ceux du régime antérieur et la révolution bolchevique a entraîné à moyen et à long termes une restructuration fondamentale du système international. Cependant, assez rapidement, et plus particulièrement avec Staline, le vieux messianisme russe et les objectifs impériaux traditionnels de la Russie sont venus peser assez fortement sur la politique extérieure soviétique au point que plusieurs auteurs ont affirmé, grandement à tort selon nous, que celle-ci n'était que la continuation de la politique russe, indépendamment de la nature et de l'idéologie du système soviétique. L'effondrement de l'URSS en 1991 a bouleversé l'ordre international et l'a mis dans une situation de très grande fluidité. Sa restructuration ne saurait tarder indéfiniment et dépendra dans une très large mesure des orientations que prendra la politique extérieure de la nouvelle Russie, orientations qui constituent une des plus grandes inconnues dans la situation actuelle. Après quelques mois d'un consensus assez large, le camp des partisans de Eltsine s'est fractionné au fur et à mesure que des problèmes sont survenus, notamment des problèmes engendrés par l'indépendance inattendue et mal acceptée de l'Ukraine. Les nouveaux dirigeants russes, Boris Eltsine lui-même et plus particulièrement son ministre des Affaires étrangères, Andrei Kozyrev, ont voulu faire table rase du passé soviétique et donner des orientations et des objectifs radicalement nouveaux à la politique extérieure russe. Leur vision des choses, empreinte d'espoirs sans doute démesurés et d'un fort idéalisme typique des situations révolutionnaires, a nettement dominé la politique extérieure russe en 1992. Les positions prises, même par certains des proches de Eltsine, ont montré la résistance de conceptions antérieures, 1. Lévesque, Jacques, L'URSS et sa politique internationale de Lénine à Gorbatchev, Paris, Armand Colin, 1988, p. 7.
doi:10.7202/040319ar fatcat:h5vwsctbcjb73on52fj2x4ukk4