Quels rites pour les maternités d'aujourd'hui ?

Annie Poizat
2003 Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe  
Il est communément admis que la très grande médicalisation et la rationalité scientifique des suivis de femmes enceintes auraient définitivement banni les rites de passage de cette très importante étape maturative de la vie des femmes. Les études anthropologiques et historiques montrent combien chaque société a institué des rites de passage à cette occasion et organisé des formes particulières d'aide et de soutien aux femmes devenant mères. Or, si de nombreux ouvrages ou articles se sont
more » ... cles se sont intéressés aux rituels qui entourent la maternité, c'est surtout du côté des coutumes d'autres cultures. Et quand bien même nos sociétés sont interrogées en la matière, il s'agit le plus souvent d'une description des pratiques habituelles dans les temps anciens. Il est souvent plus difficile d'avoir conscience de la ritualité lorsqu'elle habite des domaines dans lesquels nous sommes nous-mêmes immergés. Cela ne signifie pas pour autant que nous en soyons indemnes dans les domaines qui oeuvrent au plus près de notre vie quotidienne. D'ailleurs, sous couvert d'arguments scientifiques, ne seraitce pas la médecine elle-même qui serait en grande partie dépositaire de ces rites de la maternité, sans être apparemment désignée pour cela ? Il serait en effet étonnant que rien ne vienne baliser le temps de l'attente et de l'accueil d'un être nouveau, qui, par sa présence même, va venir bousculer le groupe familial et social qui le verra naître. Si on postule que les rites ont pour fonction, entre autres, de permettre l'émergence du nouveau, on conviendra que la grossesse et la nais-Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe 40 Annie Poizat, psychiatre, psychanalyste, maternité du CHU de Grenoble.
doi:10.3917/rppg.040.0127 fatcat:i2f7agfo3zgc3o56brsz5qlutm