La musique au Musée national des Arts et Traditions populaires et au futur Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée

Florence Gétreau, Michel Colardelle
2003 Cahiers de musiques traditionnelles  
La musique au Musée national des Arts et Traditions populaires et au futur Mu... Cahiers d'ethnomusicologie, 16 | 2011 1 surtout dans l'image publique qu'en donnaient ses galeries permanentes, suive cette transformation. Les faits socio-culturels étaient étudiés dans leur complexité, dans leurs rapports réciproques, dans leur contexte, en mobilisant toutes les disciplines utiles, sans exclusive -les grandes enquêtes telles que celles de Sologne ou d'Aubrac, dont le musée avait la
more » ... t la responsabilité, étaient largement pluridisciplinaires -, avec toutefois, s'agissant de « traditions populaires », une dominante ethnologique et sociologique accompagnant le caractère ethnographique des collections. 2 Par ailleurs les « collections immatérielles », traditions orales, comportements collectifs, rites, que l'enquête ethnographique recense, enregistre (notes documentaires, phonogrammes, films cinéma ou vidéo) et analyse, avaient dans ce musée, selon le voeu de son fondateur Georges Henri Rivière, autant et parfois davantage de sens que les objets matériels eux-mêmes. Les techniques, avant le numérique, ne permettaient toutefois que faiblement de présenter au public, de manière aussi explicite que la culture matérielle, cette culture « immatérielle ». 3 De fait, cette conception dont beaucoup d'aspects demeurent très modernes, a montré, avec le temps, son insuffisance, ce qui s'est traduit par une désaffection du public et une marginalisation des chercheurs. Le Ministère de la Culture et le CNRS ont donc été conduits à envisager une transformation radicale, qu'il n'est pas dans notre propos de décrire ici. On en trouvera les éléments essentiels dans le programme scientifique et culturel publié à son propos (Colardelle 2002). Cette transformation, pour faire court, concerne l'extension du champ géographique à l'Europe et à la Méditerranée, l'élargissement chronologique au dernier millénaire, voire davantage quand le besoin s'en fait sentir pour expliquer et montrer un fait culturel, la prise en compte des sociétés dans toutes leurs composantes et non seulement celle des classes populaires, et le recours à la transdisciplinarité, seule susceptible de permettre la compréhension de structures dont la complexité résiste à l'analyse unidisciplinaire. La décision a été prise de construire pour lui un nouveau bâtiment à Marseille, ville emblématique de la rencontre entre Europe et Méditerranée, du commerce et des contacts entre les cultures. Le futur établissement intègrera le prestigieux monument du Fort Saint-Jean, sur le Vieux Port, et disposera d'espaces mieux adaptés à son public comme à ses collections. 4 La forme muséographique donnée à l'origine au musée par Georges Henri Rivière, pourtant à l'époque innovante voire révolutionnaire, devra évoluer, à la fois pour prendre en compte ces transformations fondamentales et pour s'adapter aux goûts et aux techniques de communication actuels, sans renoncer à ses principes directeurs, toujours valables. La centralité de l'Homme, perdue de vue dans le projet initial, doit être retrouvée. Le concept de « galerie d'étude », périmé parce que devenu trop partiel devant l'extension du champ patrimonial couvert (il y a vingt fois plus d'objets dans les réserves que dans la galerie d'étude, et certains secteurs de collection en sont complètement absents) doit laisser place à un centre documentaire multimédia, véritable « cybermusée » beaucoup plus nourri et plus commode d'accès, et à des « réserves visitables » dont le Centre du Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) à Saint-Denis a fourni une bonne application du principe. 5 Appliquées au domaine de la musique, ces caractéristiques, dans leur évolution, gardent toute leur valeur. Le MNATP, en principe, ne rend pas compte de la musique pour ellemême, mais comme l'un des traits culturels qui expriment les faits sociaux. Comme toujours, le concept de « populaire », en ce qu'il sépare trop radicalement son objet du domaine dit « savant », est discutable. Il s'agit au contraire d'appréhender la musique « de
doi:10.2307/40240480 fatcat:57czyjh52zcehjxdm4lmjq2vkm