Henri Seyrig et l'art moderne

François-René Martin, Marie Tchernia-Blanchard
2016 Syria. Archéologie, art et histoire  
Référence électronique François-René Martin et Marie Tchernia-Blanchard, « Henri Seyrig et l'art moderne », Syria [En ligne], III | 2016, mis en ligne le 01 juin 2018, consulté le 01 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/ syria/5325 ; DOI : 10.4000/syria.5325 © Presses IFPO Il est des photographies qui ont le pouvoir de résumer une époque, d'en donner une idée, même faussée, mais qui s'accorde au regard que nous voudrions à distance porter sur elle. L'une, célèbre, fut prise par
more » ... fut prise par George Platt en 1942, à New York, à l'occasion de l'exposition Artists in Exile, qui réunissait chez le galeriste Pierre Matisse, au coin de la 57 e Rue et de Madison Avenue, la plupart des grandes igures du surréalisme ou plus généralement de la scène artistique française : Breton, Chagall, Ernst, Léger, Lipchitz, Masson, Matta, Mondrian, Ozenfant, Seligmann, Tanguy, Zadkine. Y iguraient également deux artistes appartenant à un courant largement oublié aujourd'hui, les « néo-romantiques » Berman, Tchelitchew 1 . Pierre Matisse avait posé au milieu de ce groupe qui aujourd'hui peut laisser rêveur, symbole d'une sorte de concorde des artistes en temps troubles. Il existe d'autres photographies qui sont elles aussi susceptibles de symboliser ce grand renversement par lequel New York allait supplanter Paris, après que Paris eût migré : l'une d'entre elles, prise semble-t-il en 1945, y associe les compagnes de ces grands hommes, leurs muses, photographiées à l'occasion d'un apéritif chez le même Pierre Matisse. Apparaissent dans ces coulisses d'autres personnages éminents : Aimé Césaire, Marcel Duchamp, ou encore Henri Seyrig... (ill. 1) 2 C'est à la fois le professeur de l'École libre des hautes études, bientôt conseiller culturel chargé des intérêts de la France libre, et l'amateur d'art moderne qui se retrouve ainsi dans ce cénacle. La présence à la fois discrète et entière auprès des artistes, les amitiés nées à partir de ce séjour newyorkais, le goût et peut-être même la conception de l'art d'un homme qui jusqu'alors, vivant en Grèce, en Syrie puis au Liban, s'était forcément tenu à distance de cette scène moderne, forment le sujet de cette étude. Ces relations apparaissent pour l'essentiel dans la correspondance et dans le journal tenu par Henri Seyrig, dans lesquels nous avons puisé. Elles ne prennent naturellement tout leur sens qu'à la condition d'être rapportées à une série de contextes bien déinis, d'espaces sociaux ou intimes forcément marqués par l'Histoire dont Seyrig fut à la fois un acteur et un témoin. C'est ce qui nous conduit à aborder plusieurs questions distinctes, qui sont cependant unies par l'importance essentielle que revêt l'expérience esthétique -on veut dire ici à la fois la contemplation et l'amitié qui s'y rattache presque inévitablement -dans le cheminement existentiel de Seyrig.
doi:10.4000/syria.5325 fatcat:zrz6k3njajda7lavnwdmnt7qxi