La politique familiale : des « retours sur investissement » qui dépendent de choix économiques et sociaux

Mireille Elbaum
2010 Politiques sociales et familiales  
Les propositions visant à réorienter les États providence vers des politiques d'« investissement social » attribuent un rôle clé aux politiques familiales, qui seraient à considérer comme un « investissement » engendrant des retours économiques directs. Or, si ces politiques ont sans conteste une légitimité et une dimension économiques à long terme, leur association systématique au concept « d'investissement » appelle une certaine prudence, dans la mesure où elle ne correspond qu'en partie à
more » ... d qu'en partie à l'ensemble de leurs objectifs et de leurs effets. Leurs incidences méritent en tout cas d'être considérées de façon spécifique et nuancée, par exemple en ce qui concerne les congés parentaux ou les aides fiscales, et ne sont pas forcément à opposer à l'apport des autres politiques sociales, dont elles apparaissent plus complémentaires qu'alternatives. La notion « d'investissement » souvent mobilisée pour justifier la légitimité des politiques familiales ne peut enfin servir à occulter les arbitrages et les choix auxquels ces politiques sont confrontées, à la fois concernant leurs orientations propres et leurs frontières avec les autres domaines du « social ». Leurs effets économiques à long terme, pour être manifestes, dépendent donc de choix sociaux spécifiques. Les années 2000 ont vu se développer un ensemble de préconisations visant à réorienter les États providence européens vers des politiques d'« investissement social » davantage tournées vers la prévention que vers la « réparation » traditionnelle des risques sociaux. Avancées par G. Esping-Andersen 1 et promues dans le cas français par un ouvrage marquant de J. Delors et M. Dollé 2 , ces propositions plaident pour des stratégies « d'investissement prioritaire dans l'enfant », qui esquissent une réconciliation entre les conceptions scandinaves et anglo-saxonnes de la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Dans un contexte marqué par le vieillissement des populations des pays développés, elles dessinent une « sortie par le haut » pour les modèles sociaux européens 3 , et sont appuyées par un ensemble de travaux de l'OCDE 4 , qui mettent en avant leur efficacité tant économique que sociale. Ces orientations attribuent un rôle clé aux politiques de l'emploi et de l'éducation, mais aussi, en amont, aux politiques familiales, qui seraient à considérer comme un « investissement » engendrant des retours économiques directs.
doi:10.3406/caf.2010.2561 fatcat:734qsmwafza2vctxfm6zrrpfni