Quelle identité pour les Espaces-Rencontre ?

Benoit Bastard
2004 Dialogue  
On a fêté en 2003 les dix ans du Point-Rencontre de Lille. Pour ma part, j'ai commencé à m'intéresser aux Espaces-Rencontre en tant que sociologue en 1988, et, depuis lors, je n'ai pas cessé de les observer et de travailler avec eux 1 . Avec Laura Cardia-Vonèche, j'ai cherché à montrer la diversité et la richesse de leur pratique 2 . J'ai participé, plusieurs années durant, à la création et au développement de la fédération qui les réunit. Découvrant qu'il existait des dispositifs comparables
more » ... itifs comparables ailleurs qu'en France, nous avons aussi organisé, avec Robert Straus, le colloque qui les a rassemblés à Paris en 1998. Enfin, j'espère avoir contribué à la reconnaissance des Espaces-Rencontre à travers le rapport que j'ai rédigé avec Jean Gréchez pour la ministre déléguée à la Famille 3 . Bien des questions subsistent. Quelle est aujourd'hui la place des Espaces-Rencontre parmi les interventions qui portent sur les relations enfants-parents, notamment dans les situations de rupture ? Quelle est la spécificité de l'action des Espaces-Rencontre et d'où tiennent-ils leur identité ? Quelle place occupent-ils dans le champ judiciaire, dans la santé mentale, dans le travail social ? Et quel enseignement tirer de cette analyse pour l'avenir des Espaces-Rencontre ? Quelle identité pour les Espaces-Rencontre ? BENOIT BASTARD DIALOGUE -Recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille -2004, 2 e trimestre Les origines des Espaces-Rencontre Je voudrais ici évoquer les commencements et signaler les principaux axes selon lesquels s'est effectuée la mobilisation qui a abouti à la création des Espaces-Rencontre. Je citerai quatre arrière-plans sur lesquels s'est développée cette innovation : le champ de la justice, celui de la psychologie et de la psychanalyse, le monde du travail social et, dernier mobilisé, celui de la protection de l'enfance. En ce qui concerne la justice, il faut revenir à la fin des années 1980. On « absorbe » la réforme du divorce, on réfléchit à la possibilité de créer des « chambres de la famille ». De nombreux magistrats, ainsi que des avocats, sont associés aux expériences en cours, qu'il s'agisse de la médiation ou des « Points-Rencontre ». On pense à Marie Lacroix, JAF à Clermont-Ferrand, associée à la naissance d'un lieu, le Couvige. À Bordeaux, à Pierre Barbet, avocat, qui est encore aujourd'hui un ami de la fédération des lieux d'accueil pour le maintien des relations enfants-parents. Le deuxième arrière-plan, associé au précédent dans la création du Point-Rencontre de Bordeaux, c'est celui de la psychologie, de la psychanalyse. On pense, par exemple, à l'AFCCC, qui regroupe des professionnels, psychologues, conseillers conjugaux, thérapeutes de couple. Confrontés, dans les consultations ou dans les pratiques institutionnelles, aux difficultés personnelles et au dysfonctionnement familiaux produits ou révélés par les ruptures d'unions, les responsables de ces structures et les professionnels engagés dans le soutien à la famille ont pu voir, bien légitimement, dans l'aide aux divorçants un nouveau champ d'application pour leurs compétences. S'est trouvé également mobilisé le domaine du travail social. Des enquêteurs sociaux, des assistantes sociales qui travaillent pour les juges pour enfants s'alarment des évolutions en cours et ne sont pas entièrement satisfaits de la place qui leur est faite. À Grenoble, par exemple, Annie Selleron-Porcedda, la créatrice de la Passerelle, aujourd'hui directrice d'une structure de médiation, se plaint de devoir « organiser des droits de visite dans sa voiture ». Leur idée, lorsqu'il vont se lancer dans l'Espace-Rencontre, sera double : enlever à leur pratique sa dimension de « contrôle social » et, simultanément, développer de nouvelles formes d'intervention, avec une dimension d'accueil qui s'apparente à la notion d'insertion alors particulièrement en vogue. Le dernier background à évoquer est le champ de la protection de l'enfance, dont il faut dire qu'il ne s'est mobilisé que plus tard avec l'engagement de certaines Sauvegardes. L'extraordinaire, c'est que la création des Espaces-Rencontre procède, au-delà de cette diversité d'origines, d'un mouvement commun qui les dépasse et qui lie entre eux ces champs de la pratique socio-légale. Les réflexions engagées à partir de ces différentes personnes et de ces différents points de départ ont en effet abouti à un concept commun et à un dispositif analogue -même si se greffent sur lui des pratiques distinctes.
doi:10.3917/dia.164.0115 fatcat:tysoie4dizfkvnxnzecm43on4y