Les catégories et l'expression de la « possession », liaison avec le « genre » et le « nombre »

Mireille Piot
1999 Linx  
Loin de prétendre à une typologie 1 rendant compte de l'ensemble des phénomènes couverts par l'appellation de « possession » 2 , le but de cette étude est d'observer ceux des phénomènes en question qui présentent une corrélation éventuelle avec ces autres catégories qui leur sont fréquemment associées comme le « genre » et le « nombre » . En effet, l'observation systématique des phénomènes que nous avons choisi de mener dans une vingtaine de langues 3 amène à considérer que la répartition de
more » ... a répartition de ces marques, ou leur absence, peut évoluer considérablement d'une langue à l'autre et à l'intérieur d'une même langue dans des situations différentes, allant jusqu'à la disparition de ces marques en certains cas ; ainsi, l'on ne peut faire abstraction de la corrélation entre « possession », « genre » et « nombre » si l'on s'intéresse au passage d'une langue à une autre à cause des disparités constatées. Une telle étude se révèle nécessaire à une description précise des phénomènes en jeu et aux applications qui pourraient en découler (notamment dans le cadre des industries de la langue) . Dans la mesure où nous observerons les liens entre ces différentes notions nous exclurons les cas de constructions à pronoms ou à clitiques datifs décrites comme «datifs possessifs » 4 dans la mesure où ce type de pronoms ou d'affixes est non-marqué en genre dans les langues que nous avons considérées. Les constructions «possessives» auxquelles nous nous sommes limitée sont les constructions nominales génitives/datives ou leurs équivalents qui peuvent donner lieu dans un certain nombre de langues à la formation de morphèmes « possessifs » spécifiques , fonctionnant notamment comme déterminants. Nous avons cependant exclu de cette étude la prise en compte de morphèmes à fonction strictement pronominale, du type (le) mien, dans la mesure où cette spécificité est limitée à quelques rares langues (dont l'anglais et le français 5 ), la plupart des langues 6 n'opérant aucune distinction formelle entre forme fonctionnant comme déterminant ou comme pronom «possessif» , seule la présence ou l'absence d'un substantif -tête permettant d'observer la différence de fonctions pour un même item , par exemple entre : Filia matrem suam 1 De nombreuses thèses ont en effet été consacrées totalement ou partiellement au sujet , cf. e.g. Creissels D. (1979 ), Maurel J.-P (1989 . 2 Au terme de « possession » souvent contestable et contesté pour ces phénomènes, et que nous avons conservé par pure convention, l'on pourrait substituer peut-être le terme d' « attribution » qui pourrait convenir à l'ensemble des phénomènes, d'inaliénabilité ou non, concernés par ces constructions fréquemment dénommées « génitivales » par ailleurs . L'accent mis sur le génitif ne se justifie pas davantage : génitif et datif « possessifs » coexistent souvent dans des constructions parallèles pour une même langue quand il n'y a pas indistinction et donc confusion entre ces marques pour d'autres langues dans l'expression de la même relation. 3 Cf. le tableau 1 représentant l'éventail des langues considérées et leur répartition quant aux marques de la « possession ». 4 Par exemple, pour le latin et le français le datif possessif pronominal du type : est mihi liber / ce livre est à moi, mais aussi les constructions à clitique datif (décrites et analysées pour quelques langues, entre autres, par Lamiroy,B.-Delebecque N.1998) du type de : Il me prend le bras, liées, elles, à la catégorie « inaliénable ». 5 Cf. e.g. sur le français Zribi-Hertz A.(à paraître) 6 Parmi les langues que nous avons observées, tel est par exemple le cas du : latin, polonais, dioula, géorgien, grec ancien, swahili, portugais, espagnol, etc.
doi:10.4000/linx.946 fatcat:3nsrfo54czh75nv2apxhgakgaa