La métalangue sémantique naturelle et la lutte contre le syndrome du franchissement du gué

B. Peeters
2008 Congrès Mondial de Linguistique Française 2008   unpublished
Définitions « Instrument efficace dans la lutte contre le syndrome du franchissement du gué, la MSN est indispensable à tous ceux qui ont souci de bien se faire comprendre. » C'est par ces mots que je terminais, le 5 juillet 2007, ma conférence plénière au colloque international de Montpellier, consacré aux enjeux de la communication interculturelle (Peeters à paraître a). Au cours de la conférence, j'avais fait valoir que ledit syndrome se trouve être particulièrement répandu parmi les
more » ... u parmi les spécialistes de l'interculturel et qu'il est d'autant plus dangereux qu'il reste peu connu, n'en déplaise à celui qui l'a reconnu pour ce qu'il est, à savoir l'inimitable Georges Kleiber, que je cite : « Ce syndrome, relevé pour la première fois au Moyenâge chez les moines de l'Oelenberg (à Reiningue, près de Mulhouse), est bien connu : on continue de sauter d'une pierre à une autre, sans jamais tomber à l'eau, mais on oublie de franchir la rivière ! » (Kleiber 2001: 3). De quelle façon le syndrome du franchissement du gué affecte-t-il la communauté des spécialistes de l'interculturel ? Il l'affecte en ce que, bien trop souvent, on se propose de décrire et d'expliciter ce qui est culturellement spécifique, en soi ou bien en comparaison avec ce qu'on trouve ailleurs, mais sans arriver à ce qui devrait être l'objectif ultime : une description où tout le monde se retrouve. Je donnais l'exemple du japonais amae, qui a fait l'objet de multiples descriptions, y compris en anglais et en français, lesquelles donnent au lecteur une idée de ce qu'est l'amae ; mais il s'agit d'approximations, au mieux, et de défigurations, au pire, car suite à l'emploi de tournures telles que désir d'indulgence, extrême dépendance, se prévaloir des affections d'un prochain, refus de l'autonomie, fuite devant les contraintes de la réalité, etc., un concept typiquement japonais a été représenté à travers le prisme d'une macroculture occidentale, à travers des lunettes colorées qui filtrent l'objet et le défigurent. Les Japonais euxmêmes, à commencer par Takeo Doi, l'ont décrit aussi, en japonais, et leurs descriptions peuvent être appréciées à leur juste valeur par les Japonais et par ceux qui ont une bonne connaissance de la culture et de la langue japonaises ; mais d'autres en sont pour leurs frais, car pour eux les descriptions en langue japonaise restent impénétrables. Il est vrai que l'ouvrage de Takeo Doi a été traduit en français, mais ce texte (Doi 1982) recourt au même genre de vocabulaire et fournit donc aussi des approximations, au mieux, et des défigurations, au pire. Je faisais remarquer que l'idéal serait une description que les non-Japonais arrivent à comprendre sans la moindre difficulté, et dans laquelle les Japonais eux-mêmes se reconnaissent (ou qu'on peut facilement modifier au cas où ils ne s'y reconnaîtraient pas). J'enchaînais en disant que le moyen de réaliser une description de ce genre existe : le « secret » consiste à se servir de la métalangue sémantique naturelle (désignée ci-dessus et ci-après à l'aide du sigle MSN). Durand J. Habert B., Laks B. (éds.) Congrès Mondial de Linguistique Française -CMLF'08 ISBN 978-2-7598-0358-3, Paris, 2008, Institut de Linguistique Française Sémantique
doi:10.1051/cmlf08311 fatcat:gdte7qz7kne3pj56ldeomorri4