Les sarcophages chrétiens d'enfants à Rome au IVe siècle

Élisabeth Jastrzebowska
1989 Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité  
Les sarcophages d'enfants chrétiens romains du IVe siècle, en nom bre assez limité si on les compare avec celui des sarcophages d'adultes, n'ont jamais fait l'objet de recherches particulières. Cet article ne prétend qu'à présenter une problématique à partir des publications disponibles, révisées, dans certains cas, par l'auteur dans les collections de musées. I À l'origine de cette étude se trouve un monument connu que j'ai pu examiner dans la collection paléochrétienne et byzantine des
more » ... yzantine des Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz à Berlin1. Ce sarcophage d'enfant a été acheté à un antiquaire en 1961; son lieu de provenance est inconnu; il s'agit très probablement d'un cimetière, parce que le rapport sur l'ouver ture du sarcophage constate qu'il contenait encore des ossements d'en fant2. Le sarcophage (fig. 1) est en marbre blanc, légèrement rosâtre, long de 98 cm, large de 38 cm et haut de 57 cm. Le couvercle de marbre grisbleu, plus court de 8 cm que la caisse, porte sur une paroi surélevée de front, une longue inscription métrique. Sur les deux côtés du sarcophage ainsi que sur ceux du couvercle se trouvent des trous, destinés à des ancres de métal : celles-ci ont disparu et n'ont même probablement jamais été insérées car les deux parties du monument -de longueur diffé rente -ne sont pas ajustées. Il est aussi à remarquer que la caisse du 1 H.-L. Hempel, Theusebius renatus in Christo. Ein frühchristlicher Kindersarkophag ans Rom und seine Inschrift, dans RQA, 61, 1966, p. 72-87. Cité ci-dessous: Hempel. 2 Hempel, p. 72, n. 2. MEFRA -101 -1989 -2, p. 783-804. Originalveröffentlichung in: Mélanges de l'École Française de Rome / Antiquité 101, 1989, S. 783-804 Sur la paroi antérieure du sarcophage est sculpté un relief composé de onze figures humaines, groupées en quatre scènes. H.-L. Hempel, dans la seule publication qui existe de ce monument, les a analysées, mais, pour préciser quelques détails importants, nous en reprenons ici la des cription. Sur la gauche, se trouvent quatre personnages dont une femme, assi se sur une cathedra recouverte d'une draperie et tenant sur ses genoux un nourrisson enveloppé de langes. La femme, présentée en profil droit, est vêtue d'une tunique et d'un manteau (palla) couvrant sa tête, ses pieds sont posés sur un suppedaneum ; au-dessus de sa tête est figuré un rideau. Devant elle, deux grandes figures masculines se dirigent vers la gauche; la première montre de la main droite une étoile gravée sur le bord supé rieur du relief. Sous cette main, on aperçoit, gravée au fond du relief, une autre tête masculine, tournée vers la droite, sans coiffure. Les deux hom mes du premier plan portent au contraire des bonnets phrygiens, des tuniques courtes, de longs pantalons et des manteaux agrafés sur l'épaule droite. C'est la scène, bien connue, de l'Épiphanie, de l'Adoration des Mages devant la Mère de Dieu, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Au milieu de la caisse du sarcophage, on voit une figure de garçon, en orant, debout, en longue tunique et pèlerine type paenula qui recouvre sa poitrine. Il tend ses mains, en plein relief, vers le haut, dans un geste de prière; les traits de son visage et ses cheveux, soigneusement sculptés, indiquent qu'il s'agit d'un portrait de l'enfant défunt. Il se trouve entre deux hommes barbus, vêtus de longs manteaux (palliati) dans des attitu des identiques: leur visage se tourne systématiquement vers le garçon; l'homme à la gauche de l'enfant tient un rouleau; à ses pieds se trouve un faisceau de trois autres rouleaux. La partie droite du relief est composée de deux scènes qui, ni par leur contenu, ni par leur forme, ne sont harmonisées entre elles. Les deux héros de ces scènes sont debout, dos à dos, et artificiellement séparés par une rainure marquée. La figure à gauche, tournée aussi à gauche, se tient debout dans une caisse carrée, plongée dans des ondes. C'est Noé dans son arche élevant ses mains vers une colombe qui, un rameau dans le bec, descend vers lui et lui annonce la fin du déluge. Derrière Noé, se trouve un autre homme, tourné vers la droite, il est vêtu, au-dessous d'une tunique, d'un long manteau qu'il tient de la main gauche. Il touche d'une baguette tenue dans sa main droite étendue, un rocher d'où s'échappe un torrent d'eau. Deux petites figures de soldats, leurs têtes recouvertes de pilei, accroupis dans l'angle droit de la scène, boivent à cette source. La présence de ces soldats, sculptés en relief très plat, suggère que cette scène représente le miracle de la source, réalisé par saint Pierre. Les soldats mis à part, les autres figures sont assez profondément façonnées, leurs contours nettement marqués à l'aide du trépan. Cet ins trument n'a toutefois pas été utilisé pour finir les traits des visages, les plis de vêtements, les cheveux, les ondes et les tresses d'osier de la cathe dra de Marie. Les traits des visages -hormis ceux du défunt -n'ont été que partiellement exécutés à l'aide du ciseau, c'est-à-dire seulement du
doi:10.3406/mefr.1989.1649 fatcat:z6ztec5nqbbhnddw6fkqpdhufa