Réponse à Michel Ratté

Rainer Rochlitz
2000 Philosophiques  
Réponse à Michel Ratté RAINER ROCHLITZ CNRS rainer.rochlitz@ PHILOSOPHIQUES 27/2 -Automne 2000, p. Philosophiques / Automne 2000 Mon ami Michel Ratté cherche à pointer les failles et les faiblesses de mes propositions esthétiques. S'il avait raison, ce qu'il appelle, de façon assez flatteuse, « la position la plus exigeante dans le débat des théoriciens de l'esthétique et de l'art en France » ne tiendrait donc finalement guère ses promesses. On devrait dès lors se demander si l'esthétique
more » ... l'esthétique française contemporaine, selon lui dans l'ensemble moins « exigeante » que la mienne, n'est pas dans un piteux état. Je ne pourrai évidemment parler que pour moimême. Parmi les nombreux points litigieux relevés, ma réponse forcément brève et tout aussi inévitablement apologétique ne pourra retenir qu'un petit nombre. Ce sera : 1. la question de l'adéquation des jugements de fait aux oeuvres, liée par Michel Ratté à celle de « l'expressivité » ou encore de l'opacité de l'oeuvre ; 2. celle des espoirs fondés sur la critique, liée au rapprochement entre débat critique et débat sur les normes ; et 3. celle de « l'homologation » des oeuvres, en rapport avec le caractère intersubjectif de l'art. Avant d'aborder ces différents points, il me faut cependant dire un mot sur mes choix philosophiques. À plusieurs reprises, Michel Ratté souligne que je critique la « philosophie de la conscience », appelée aussi « philosophie du sujet » et que j'adhère à ce qu'il dénonce comme la « théorie consensuelle de la vérité » Ce choix lui semble être à l'origine de certaines des faiblesses qu'il me reproche. Il n'est guère possible de discuter ici ces problèmes complexes. Mais j'aimerais lui signaler qu'il existe de fortes raisons de vouloir échapper à certaines impasses conceptuelles qui résultent des aiguillages de la philosophie du sujet, telle qu'elle s'est développée de Descartes à Husserl et ses disciples. Elle s'est révélée incapable de rendre compte des phénomènes intersubjectifs, notamment sociaux, auxquels nous avons affaire, entre autres dans le domaine de l'art. Quant à la théorie de la vérité à laquelle il fait allusion dans des termes ambigus, elle repose sur l'idée que la « correspondance » entre les faits et nos affirmations -seule alternative sérieuse à la conception argumentée de la vérité -suggère quelque chose comme des « faits » non interprétés auxquels nous pourrions comparer nos affirmations. Même s'il existe toujours des défenseurs de la théorie de la vérité-correspondance, leur point de vue est aujourd'hui assez largement contesté. Car cette approche n'est en fait efficace que lorsque l'objet du litige s'offre à l'observation, situation qui suscite rarement des interrogations sur la vérité.
doi:10.7202/004977ar fatcat:xrlmr4xfkfgavdtvebsq4fc4ia