Prurit et sensation de brûlure dans la région génitale chez la femme: infection ou peut-être quand même autre problème? Lichen scléreux de la vulve

Andreas Günthert
2012 Swiss Medical Forum = Forum Médical Suisse  
Description d'un cas en guise d'introduction Madame W. est âgée de 32 ans, elle a un partenaire stable depuis des années et elle se présente à nouveau au ca binet gynécologique en raison de démangeaisons dans la région génitale. Face aux rougeurs, le médecin diagnos tique une mycose et prescrit une crème antimycosique. Cette situation est pénible pour Madame W., d'autant plus qu'elle se produit de façon répétée. Après quelques jours, les démangeaisons disparaissent, les rougeurs ré gressent,
more » ... urs ré gressent, mais la situation n'est pas comme avant. Ma dame W. ressent comme une plaie, surtout après les rap ports sexuels, qui dure quelques jours, guérit lentement et réapparait après chaque rapport sexuel. Madame W. se rend dans un autre cabinet gynécologique. La gynéco logue aborde les aspects psychologiques de la relation en faisant preuve d'une grande écoute et recommande une solution lavante au pH neutre et des pommades grasses en raison d'une sécheresse génitale. Malgré tout, la situation ne s'améliore pas et la dyspareunie post-coïtale s'ancre dans le quotidien. Survient alors une gros sesse. Les symptômes s'atténuent pendant quelques années et la fréquence des rapports sexuels diminue en raison d'une charge professionnelle et domestique accrue du couple. A l'âge de 43 ans, les symptômes réappa raissent, mais à une intensité plus élevée qu'aupara vant. Une infection est à nouveau diagnostiquée. Madame W. a très honte et commence alors à éviter de consulter des gynécologues. Sa relation avec son partenaire est mise à rude épreuve. S'en suivent des disputes houleuses et la sexualité est pratiquement bannie. A l'âge de 72 ans, après des années sans consulter de gynécologue, Ma dame W. se rend à nouveau dans un cabinet gynéco logique en raison de démangeaisons nocturnes insou tenables. La patiente présente les manifestations d'un carcinome vulvaire avancé sur un terrain de lichen sclé reux ( fig. 1 x) . Madame W. souffre en plus d'un diabète sucré et d'une thyroïdite autoimmune; son couple n'a pas résisté. Epidémiologie et tableau clinique La dernière campagne d'information sur les infections sexuellement transmissibles de l'Office fédéral de la santé publique dans les médias publics vise en particulier à sensibiliser les femmes et elle est tout à fait légitime. En effet, les films courts, parfois amusants, sur ce thème sont également à même d'interpeller des femmes qui pré sentent les mêmes symptômes mais ne présentent pas d'infection sexuellement transmissible. Il est possible que ces femmes éprouvent un sentiment de honte, surtout si ce n'est pas la première fois qu'elles présentent ces symptômes. Le lichen scléreux (LS) est une affection cuta née inflammatoire localisée chronique, à médiation lym phocytaire, qui touche nettement plus souvent les femmes, avec une localisation extragénitale dans 10-15% des cas [1, 2]. Au cabinet gynécologique, la prévalence estimée s'élève à environ 1,7% [3]. Au stade précoce, le LS est généralement uniquement associé à des anomalies mi nimes, mais qui donnent souvent lieu à des symptômes prononcés pouvant ressembler à ceux d'une maladie infectieuse génitale. D'après la littérature, l'âge typique de survenue du LS se situe dans la postménopause, mais les premiers symptômes se manifestent déjà souvent plus de 10 ans avant la pose du diagnostic [1][2][3][4]. La cause du LS est encore largement inconnue; mises à part di verses infections, des traumatismes et les contraceptifs oraux antiandrogènes ont été décrits comme déclen cheurs du LS [1, 2, 4]. Dans certains cas, l'affection sur vient déjà durant l'enfance et une accumulation fami liale de la maladie suggère une prédisposition génétique [5, 6]. Dans près de 30% des cas, le LS est associé à d'autres maladies autoimmunes, comme la thyroïdite autoimmune, le diabète sucré et l'anémie pernicieuse, mais une analyse comparative n'est pas parvenue à dé montrer la présence systématique d'une déficience im munitaire [2,[7][8][9]. La maladie évolue par poussées, avec des intervalles sans symptômes pouvant durer plusieurs années. Le manque de connaissance, aussi bien des médecins que des pa tientes, concernant le diagnostic différentiel de LS, la minutie insuffisante lors de l'examen des parties géni tales externes et le sentiment de honte des patientes, qui explique qu'elles n'en parlent pas et qu'elles évitent les consultations médicales, sont autant de facteurs ma Andreas R. Günthert L'auteur ne déclare aucun soutien financier ni d'autre conflit d'intérêt en relation avec cet article. Quintessence P Le lichen scléreux vulvaire est une affection qui passe souvent inaperçu. P Dans la plupart des cas, le diagnostic est uniquement posé tardivement, après 10 ans, lors de la postménopause. P L'évolution chronique de la maladie altère considérablement la qualité de vie. P Non traité, le lichen scléreux est associé à un risque élevé de néoplasie vulvaire. P Les praticiens et les patientes doivent être sensibilisés à cette affection.
doi:10.4414/fms.2012.01060 fatcat:ydx6gwobbnf6bn5hbvafeba5d4