Présentation Hermès 4

Comité de Rédaction
1989 Hermès  
PRÉSENTATION Quelles sont les transformations de notre espace public, liées à la croissance des médias, au poids de l'opinion publique et des sondages, au développement du marketing. Comment concilier communication et démocratie ? Telles sont les questions à l'origine de ce numéro de Hermès, qui sans ignorer les références classiques, essaie de comprendre l'ampleur des mutations intervenues depuis un siècle dans la structure de notre système politique. Sur ce sujet les enjeux polémiques ne
more » ... polémiques ne manquent pas. Que l'on songe aux diagnostics négatifs portés sur l'époque contemporaine par des courants de critiques différents, mais finalement convergents, dénonçant le règne de l'opinion, le monde dominé par la bureaucratie, le triomphe de la manipulation, la fermeture de l'espace public, la fin du politique. Il faudrait autant d'inconscience pour adhérer en bloc à ces imprécations que pour accepter au contraire de manière béate le fonctionnement actuel de notre espace public. L'objectif recherché ici est de maintenir une approche critique qui tienne compte des acquis comme des limites de notre expérience démocratique. Certes, la tradition philosophique classique avait lié l'existence de l'espace public aux valeurs fondatrices de la démocratie, à l'idée d'individus libres construisant leurs opinions rationnellement et s'éclairant par l'intermédiaire d'une presse libre. Mais les changements profonds intervenus dans notre système politique avec l'émergence de la société de masse, le suffrage universel égalitaire, le poids des médias, semblent bien à première vue avoir dénaturé l'essentiel : l'événement l'emporte sur l'argument, le speciale sur le débat, la stratégie des « coups » et la dramaturgie des « scoops » sur la communication véritable. Que reste-t-ildu modèle classique de Γ espace public, et comment les caractéristiques actuelles sont-elles compatibles avec une certaine tradition ? A travers l'étude des changements de l'espace public en cours, nous essayons d'en comprendre les forces et les faiblesses. C'est à une interrogation sur le statut et le fonctionnement du système démocratique actuel que conduit ce travail sur le « nouvel espace public ». La première partie, intitulée : « Structures et variations », développe surtout une approche sociologique de notre espace public politique, en réfléchissant aux causes de l'importance prise par l'opinion publique et les grands médias. Elle s'attache aussi au jeu concurrentiel de ses différents acteurs, et aux limitations éventuelles qu'un système extrêmement médiatisé fait peser sur la communication politique. La deuxième partie : «Adresses et registres» s'intéresse plus spécialement aux codes, rituels et cérémonials mis en place dans l'espace médiatique, en s'aidant pour cela d'outils conceptuels empruntés à l'anthropologie et à la sémiotique. C'est l'aspect fortement dramaturgique de la communication politique, qui est ici étudié, le marketing politique apparaissant parfois comme l'élément « post-moderne » d'un espace public qui conserve cependant certains traits traditionnels.
doi:10.4267/2042/15344 fatcat:s7wdngm2vvdkrlypy5am3haxcu