Bégaiements de la consommation

Olivier Assouly
2009 Multitudes  
Après plusieurs mois de crise et face à la baisse de la consommation, des acteurs économiques se livrent à des prédictions, comme Mercedes Erra, directrice de Euro RSCG (première agence publicitaire française) qui affirmait sur une radio publique que les Français n'avaient nullement renoncé à consommer à condition que les produits aient un sens et soient porteurs de valeurs. De son côté, le directeur du CREDOC, Robert Rochefort, déclarait à son tour en s'exprimant au nom du consommateur : «
more » ... onsommateur : « J'achète peut-être moins de produits, mais chacun renferme du sens, des valeurs, une utilité, pour lesquels je suis prêt à payer à prix 1 ». Loin d'être marginales, ces déclarations reflèteraient une opinion avertie sur le devenir de la consommation en temps de crise et au-delà. Mais à qui ces réflexions sont-elles destinées ? Pour qui parlet-on ? On doute logiquement que les consommateurs puissent être les destinataires de ces propos. En effet, à suivre les experts, les consommateurs ont déjà en tête un nouveau régime intelligent de consommation. Pourtant, l'expert continue à parler pour ce consommateur -ainsi se voit-il nommé -qui aurait les pires difficultés à exprimer ses propres intentions. Mercedes Erra et Robert Rochefort révèlent à un consommateur bègue, dans son intérêt et à sa place, son propre désir. Et ce rapport de tutelle ne doit rien au hasard. Face à une multitude sociale trop hétérogène et cacophonique, les spécialistes de la consommation préfèrent la figure homogène et linéaire, pourtant mineure et grossière, du consommateur, qui se mon-
doi:10.3917/mult.036.0013 fatcat:u4gkvug7arddpokdajjoiw6m24