Métaphores politiques dans le Traité d'harmonie de Schoenberg

Esteban Buch
2003 Mil neuf cent  
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more » ... de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. ESTEBAN BUCH L'Harmonielehre d'Arnold Schoenberg, publié pour la première fois en 1911, est un manuel, et son origine et son propos sont d'ordre pédagogique. En même temps, son anti-académisme déclaré explique une certaine liberté du style qui, par endroits, rend le texte presque baroque, habité par un réseau de métaphores trop important et systématique pour être réduit à une simple anecdote. Or, l'analogie la plus consistante, la plus développée du livre est une métaphore politique. La tonalité est pour Schoenberg un système comparable à un État, où la tonique est un Roi, et chaque accord, un acteur qui cherche en permanence à prendre le pouvoir, c'est-à-dire à devenir, à son tour, une tonique. Cette image politique s'articule à une autre, biologique celle-là, qui fait des accords construits sur les harmoniques d'une note autant de « descendants » de cette dernière, et de l'écart entre les modes mineur et majeur, le pendant de la différence des sexes. Et la tendance historique de la tonalité vers sa dissolution n'est rien d'autre que l'effondrement de cet État féodal ou dynastique devenu ingouvernable, non pas à cause d'acteurs extérieurs, mais suite à l'importance croissante d'« accords vagabonds » dépourvus de filiation et de nationalité : des forces anarchiques inscrites aux fondements du système. On ne saurait contester la fonction didactique de cette métaphore, voire son pouvoir heuristique. L'image politique donne corps à une idée plus abstraite, l'harmonie comme système de tensions en mouvement, comme rapport de forces se déployant dans le temps.
doi:10.3917/mnc.021.0055 fatcat:iho2uz4lbbcvjfq4hg6iyys7ny