Les arbres de la connaissance

Stephane Douailler
1993 Journal of French and Francophone Philosophy  
Le precepteur d'Emile, nous repete-t-on, se tromperait deux lois au moins en n'eduquantqu'un seul et solitaire eleve, et en ne lui donnant en guise de libene que la soumission a une nature arrangee. La scene veridique de la pedagogie serait autre un exact apptentissage du teel au sein des collectivites que les mahres d'eoole organisent. Pounant celles-ci sont egalement des paysages. Le present anicle evoque trois lac;ons, que trois republiqueseurent, de rever un mondeou J'ecoJe aurait ete
more » ... Je aurait ete possible. Une lumiere qui est oolle d'un eiel d'~t~. Elle montre, aux portes d'une~glise de village, deux vieux noyers qui penehent leurs feuillages et inclinent leurs troncs. Aleurs pieds une sourre bouillonne, s'elance et aussitÖt heurte ades blocs de granit Inlassablement l'ecume lave et blanchit la pierre noire, et dans les rochers fait naltre le poli d'un terlre. Un oei! infinintent patient attach~:t deviner ce travail un moment s'~chapperait. 11 fuirait dans la fenetre form~e par le branehage des noyers pour, glissant de colline en colline, regarder au loin bleuir les lacs et ondoyer la plaine. Ignorant ces lointains un d~sordre d'enfants s'est dans le premier paysage~gaill~. A CÖt~des brebis broutant l'herbe du eimetiere, de l'hirondelle gobant l'insecte, des passereauxvenant~mietter le pain qu'on leur lance, des enfants par grappes se sont adoss~s aux troncs des arbre, juch~s sur leurs branches, assis dans le cimetiere au pied de la eroix ou sur les tertres encore verts des morts du printernps. Ainsi disperses i1s se tiennent en avant de toute profondeur, fix~s sur un meme plan par quelque chose au milieu d'eux qui les retient: absolument au centre, mel~e :t l'eau de la source, la voix grave du maltre d'~cole. Cette repr~sentationd'enfants dispos~s dans une lumiere d'~tẽ st repr~sentationd'une~cole en plein ehamp"l. Le poeme voudrait, qu'ainsi immobilis~s le savoir proehe accessible aux sens aussi bien que celui lointain promis a la contemplation, une~cole puisse dans cette immobilit~se tenir. Recueillie et accueillante. Le maltre d'~cole l(Lamartine, Le mahre d'ecole).
doi:10.5195/jffp.1993.350 fatcat:6ina7vnk3baydmx7ka4ssicovi